Technologie
La fracture hydraulique est enterrée. Et le gaz de schiste ?
Controversée, la technique d’exploitation du gaz de schiste de la fracture hydraulique a été interdite en France en juin dernier. Aussi, les compagnies Total et Schuepbach ont eu deux mois pour présenter un autre procédé d’extraction de l’hydrocarbure. Mais elles n’ont rien trouvé. Alors l’Etat leur a retiré leur permis. 3 en tout… sur 64 en cours… Les industriels, dont la plupart déclarent avoir abandonné le gaz de schiste, en ont-ils toutefois réellement terminé avec lui ?
| Plateforme de forage horizontal de Chief Oil & Gas exploitant du gaz de schiste dans les Appalaches (Est de l'Amérique du Nord) | Crédit photo : © Meredithw |
La ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet l’a annoncé lundi 3 octobre : trois permis de recherche accordés au printemps 2010, qui « représentent la totalité des permis demandés en France en vue de l’exploration de gisements de gaz de schiste », sont abrogés dans le Sud du pays. Il s’agit des sites de Nant (Aveyron) et de Villeneuve-de-Berg (Ardèche), tous deux gérés par l’américain Schuepbach, le troisième, Montélimar (Drôme), étant occupé par Total.
Les titulaires de ces permis avaient en effet jusqu’au 13 septembre, en vertu de l’application d’une loi le 13 juillet, remettre « un rapport précisant les techniques employées ou envisagées dans le cadre de leurs activités de recherches », car l’unique mais polluante technique de la fracture hydraulique, elle, venait d’être interdite par le Parlement. Or deux mois, c’est court. Trop court pour Schuepbach, qui a présenté deux rapports dans lesquels « était explicitement mentionné le projet d’utiliser la fracture hydraulique ». Mais aussi pour Total, jugé peu crédible par la ministre elle-même.
La bataille est gagnée pour les écologistes et les élus locaux, qui s’inquiétaient des conséquences environnementales, notamment pour les nappes phréatiques, de l’utilisation d’un tel procédé d’exploitation du gaz de schiste. Mais pas la guerre : il reste 61 autres permis, dont certains concernent des hydrocarbures non conventionnels, Total veut des explications, et l’industrie s’oriente vers des techniques alternatives…
Un gaz qui restera convoité
Il y a en effet 64 permis en cours en France, dont 49 concernent le gaz et le pétrole conventionnels. Trois autres sites se focalisent sur le gaz de schiste (les trois permis annulés), quatre sur le pétrole de schiste, et huit sur les gaz de houille. Les détenteurs de ces douze derniers disent avoir renoncé à la fracturation hydraulique, mais pas à la ressource.
Il faut dire aussi que les méthodes employées aujourd’hui, en l’état actuel des connaissances, sont très onéreuses. Mieux vaut peut-être attendre la mise au point de nouvelles technologies plus rentables. La fracturation électrique, par exemple, est évoquée dans le rapport de Total. Elle n’est pas attendue avant 10 ou 20 ans mais d’autres techniques pourraient voir le jour avant… Reste à constater leur impact sur la nature, car l’extraction d’un gisement si profond en aura forcément un…
Par ailleurs, Total, « très surpris », n’a pas dit son dernier mot : le groupe réclame des explications « pour comprendre sur quelles bases légales » a lieu l’annulation de son permis. Selon lui, il « s’est sans aucune ambigüité engagé à n’utiliser aucune technique qui ne serait pas autorisée par la loi ». Soutenu par l'Union française des industries pétrolières (Ufip), qui déplore que la France soit « le seul pays au monde qui interdise l'emploi de la fracturation hydraulique », il pourrait réagir…
Enfin, il faut espérer que les sites autorisés à poursuivre leurs activités respectent leurs engagements. Pour Europe Ecologie-Les Verts (EELV), il existe cependant un vrai danger. Aussi, le parti demande l’abrogation de l’ensemble des permis. Réponse de la ministre de l’Ecologie : toute nouvelle technique de forage présentée sera scrupuleusement étudiée, « ces contrôles seront renforcés par des inspections sur site », et « les contrevenants s’exposeront à des amendes et peines de prison ».
Les rapports des 64 sites seront rendus publics le 13 octobre.
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