Politique

Publié le :
29/01/2009
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Examen du Grenelle au Sénat : l’expression « développement durable » maintenue

Examen du Grenelle au Sénat : l’expression « développement durable » maintenue
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« Les Français se sont appropriés l’expression, quelque fausse qu’elle soit. Comme la bataille contre l’usage incorrect de l’expression »

Remplacer « développement durable » par « développement soutenable ». A l’occasion des premiers examens sur la loi 1 du Grenelle de l’environnement au Sénat, débutés le 27 janvier, l’amendement déposé par quelques parlementaires a fait débat. Et ce n’est pas la première fois qu’il est question d’un remaniement sémantique de l’expression.

Le « développement durable » est un oxymore : un développement perpétuel ne peut en aucun cas être durable. Il vaudrait donc mieux parler de « développement soutenable ». Cette opinion, défendue par certains sénateurs, a agité les premiers débats autour de l’examen de la loi 1 du Grenelle de l’environnement. MM Muller et Desessard, ainsi que Mmes Blandin, Boumediene-Thiery et Voynet avaient ainsi déposé un amendement pour opérer un changement sémantique dans l’ensemble du texte.

Objectif : rétablir le sens des mots. Car, selon Jacques Muller (PS, Haut-Rhin), « notre modèle de civilisation est insoutenable au sens physique et biologique, car nous n’avons pas de planète de rechange, mais également au plan éthique. Le développement industriel productiviste, qui n’est ni durable, ni généraliste, est la négation de la solidarité avec les générations futures et entre les habitants du village planétaire ». Et de dénoncer les entreprises qui pratiquent le greenwashing, « se contentant se spots publicitaires et de campagnes de communication mâtinés de développement durable sans rien changer à leur politique exclusivement orientée vers le profit à courts termes ».

Ce qui fait dire au sénateur que « dans un monde aux ressources limitées, c’est une aberration de parler de croissance durable du PIB. Par respect pour ceux qui aspirent simplement au développement, nous préférons parler de développement soutenable, écologiquement et éthiquement ».

Trop tard pour changer

Au Sénat, on a reconnu que l’expression « développement durable », tirée de l’anglais « sustainable development », était très mal traduite. « Toutefois, l’article 6 de la Charte de l’environnement, adossé à la Constitution, fait référence au développement durable », répond Bruno Sido, rapporteur de la Commission des affaires économiques du Sénat (sans parler du ministère même du « développement durable »).

Et surtout : « les Français se sont appropriés l’expression, quelque fausse qu’elle soit. Comme la bataille contre l’usage incorrect de l’expression " bien achalandé ", c’est une cause perdue. Mettons plutôt notre énergie à défendre les idées qu’à changer les termes. Avis défavorable ». Amendement refusé, donc. La traduction impropre de l’expression sera ainsi durablement utilisée dans l’Hexagone. Une exception culturelle française de plus.

Origines et définition du « sustainable development »

L’expression anglophone « sustainable development » apparaît pour la première fois en 1980 dans un rapport de l’Union international pour la conservation de la nature intitulé « La stratégie mondiale pour la conservation ». En 1987, une définition est proposée par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le rapport Brundtland (du nom de la présidente de la Commission, la Norvégienne Gro Harlem Brundtland, alors ministre de l’Environnement) : « Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ».

C’est donc une nouvelle conception de l’intérêt public, appliquée à la croissance et reconsidérée à l’échelle mondiale afin de prendre en compte les aspects écologiques et culturels de la planète. Un concept qui défend des valeurs (responsabilité, solidarité, principe de précaution…) et qui doit se mettre en œuvre dans le temps et l’espace. Un concept, enfin, qui s’appuie sur trois piliers d’égale importance : l’économie, le social et l’environnement.

Les raisons de la confusion sémantique

En 1992 a lieu le second Sommet de la Terre, à Rio de Janeiro (Brésil). L’expression « sustainable development » est alors concrétisée grâce au rapport Brundtland : elle est largement médiatisée auprès du grand public, et traduite en français « développement durable ». Dans une première traduction des travaux de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, c’est en effet le terme « développement durable » qui est retenu. Une seconde traduction, par les Editions du Fleuve, préférera « développement soutenable », adaptation littérale de l’anglais « sustainable development ». Mais il est trop tard : l’expression est entrée dans les mœurs et déjà défendue par les tenants de la « durabilité ».

Toutefois, certains relèvent régulièrement l’erreur de traduction. De nombreuses ONG utilisent ainsi de préférence le terme de « développement soutenable » pour insister sur les dangers qui pèsent sur la biosphère face aux activités humaines. Les adeptes de la décroissance, eux, considèrent que l’expression « développement durable » est un oxymore : les deux mots révèleraient une contradiction, puisque les ressources naturelles sont finies et non infinies.


Lire aussi :
- Grenelle 1 : des amendements de dernières minutes controversés
- Où en sont les Français avec le développement durable ?

Yann Cohignac

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