Politique
La sortie du nucléaire : une question délicate pour le PS
Depuis l’accident nucléaire de Fukushima au Japon, la sortie de l’atome est sérieusement envisagée en France. 70 % des Français y sont d’ailleurs favorables (sondage Ifop réalisé pour Europe Ecologie-Les Verts mi-mars). Il ne fait donc aucun doute que cette question sera un sujet majeur de la présidentielle de 2012. Pour le Parti Socialiste, tiraillé entre son souci d’entretenir de bonnes relations avec les écologistes et sa traditionnelle position pro-nucléaire, il y a débat…
| « Personnellement, je pense qu’il faudra sortir du nucléaire » (Martine Aubry, Première secrétaire du PS) | Crédit photo : © Philippe Arbour - Fotolia.com |
« Il y a un avant et un après Fukushima » : ces mots, prononcés le 5 avril par Martine Aubry lors d’une conférence de presse sur le projet socialiste, explique le débat qui anime aujourd’hui la gauche sur la question de la sortie du nucléaire. « Un débat entre ceux qui privilégient l’idée que le nucléaire est un élément de notre indépendance, une énergie par ailleurs moins polluante, et les autres qui ont mis en avant l’idée qu’il fallait passer à des énergies durables ». Le programme nucléaire français, lancé par Charles de Gaulle mais toujours approuvé par les socialistes (notamment par François Mitterrand lors de ces deux mandats présidentiels), sera-t-il remis en cause par le parti en 2012 ?
« Personnellement », la première secrétaire du PS « pense qu’il faudra sortir du nucléaire ». Ce qui représente un véritable changement de cap. Les socialistes sont-ils pour autant prêts à la suivre ? Pour l’instant, il est officiellement question d’« audit sécurisé des centrales les plus anciennes », de « sortie de la dépendance du nucléaire », et de développement du « mix énergétique »… mais pas d’abandon du programme atomique. Le projet, en somme, est vague sur le sujet.
Socialisme pro-nucléaire
Si le PS est aujourd’hui dans l’approximation, c’est que certains tiennent au nucléaire. A commencer par François Hollande, pour qui « un candidat socialiste (aux élections présidentielles, ndlr) ne peut prétendre sortir du nucléaire ». Loin d’être isolé, il est de ceux qui estiment qu’« on est sans doute les meilleurs » dans la filière, et qu’y renoncer ne serait « ni économiquement sérieux, ni écologiquement protecteur, ni socialement rassurant ». Une certaine logique productiviste, éternelle pomme de discorde avec les écologistes, les anime également.
Socialisme anti-nucléaire
Cette vision est pourtant loin de convenir à d’autres responsables, qui regrettent que la ligne défendue par Mme Aubry ne figure pas dans le projet socialiste. Une douzaine d’entre eux a d’ailleurs signé quatre amendements destinés à corriger sa « tonalité très pro-nucléaire », dont Laurence Rossignol, secrétaire nationale à l’Environnement, et Aurélie Filippetti, ex-écologiste et responsable Energie. Leurs souhaits : remplacer la notion de « sortie de la dépendance du nucléaire » par celle de « sortie du nucléaire », supprimer la référence à la « performance » de l’industrie, lancer un « moratoire sur l’accroissement des capacités nucléaires », et interdire les exportations de technologies nucléaires vers les pays à risque. « Il faut qu’il y ait un vrai débat démocratique au PS sur le sujet », a réclamé Mme Filippetti. Et d’ajouter : « On ne peut pas laisser confisquer un sujet aussi sérieux ».
Qu’en pensent les autres présidentiables ?
Avant les élections présidentielles de 2007, la politique de Ségolène Royal en la matière était très ambitieuse : passer la part du nucléaire sous la barre des 50 % d’ici 2017. Son programme électoral a ensuite été plus mesuré, défendant « un soutien massif aux énergies renouvelables pour atteindre 20 % de la consommation en 2020 ». Veut-elle aujourd’hui aller plus loin ?... Quant à Dominique Strauss-Khan, on n’en sait pas vraiment plus. Le directeur du FMI s’est exprimé pour la dernière fois sur le sujet en 2002, dans son ouvrage La flamme et la cendre : il s’opposait alors fermement à une sortie du nucléaire. Maintiendra-t-il cette position ?
La pression écologiste
Toujours est-il que le PS va devoir trancher, car Europe Ecologie-Les Verts pourrait faire de la question une condition sine qua none de participation à un gouvernement de gauche. La secrétaire nationale Cécile Duflot l’a déjà déclaré, en précisant toutefois qu’il ne s’agissait pas de la « position officielle » du parti. De son côté, Eric Loiselet, ancien secrétaire national adjoint à l’Environnement du PS devenu conseiller régional EELV, a mis en avant « les relais du lobby électronucléaire au sein des groupes parlementaires socialistes ». C’est clair : une vision commune de l’avenir énergétique français va être particulièrement difficile à définir.
La droite ironise
A l’UMP, aucun débat : le parti de Nicolas Sarkozy ne veut pas entendre parler de sortie du nucléaire. Ce dernier a d’ailleurs réagi aujourd’hui à la querelle socialiste lors d’un déplacement dans le Puy-de-Dôme : « Bien sûr qu'on doit avoir le retour d'expérience de ce qui se passe ailleurs (accident nucléaire de Fukushima au Japon, ndlr), mais on doit avoir du sang-froid. Bien sûr qu'il y a le temps médiatique, mais pour les hommes et les femmes d'Etat, il doit y avoir le temps de la vision. Je ne vois plus que le mot moratoire, mais une fois qu'on a attendu, qu'est-ce qu'on fait ? Si attendre est un programme, les autres ne nous attendront pas ». Et de poursuivre : « Je ne vois pas au nom de quoi il y aurait une énergie qui serait de gauche et une énergie qui serait de droite, quelle drôle d'idée ! »
Aurélie Filippetti, ex-écologiste et responsable Energie au PS, exprime sa position :
Pour Noël Mamère, député Europe Ecologie-Les Verts, pas d'alliance électorale avec les socialistes si un accord sur la sortie du nucléaire n'est pas conclu entre les deux partis :
Selon l'eurodéputé EELV Daniel Cohn-Bendit, le PS perdra les voix écologistes s'il refuse un référendum sur le nucléaire :
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