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Pierre-Francois Thaler, co-président d'EcoVadis

Date de l'interview :
12 / 05 / 2010
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Pierre-Francois Thaler
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Créée début 2007, Ecovadis est une plate-forme collaborative qui permet aux entreprises de trouver des fournisseurs. Mais pas n’importe lesquels : elle évalue leurs performances environnementales et sociales. Parmi ses clients, elle compte Altran, Ariba, Bouygues, AXA, Alcaltel Lucent ou encore Lafarge. Rencontre avec Pierre-Francois Thaler, co-président d’une société qui développe durablement la supply chain…

developpementdurable.com : Comment est né Ecovadis ?

Pierre-Francois Thaler : J’ai fait carrière dans le monde des achats pour entreprises. J’ai travaillé pour Alstom, différentes sociétés de conseil, ou encore Ariba, la firme américaine numéro un sur les systèmes d’information d’achats pour les grandes entreprises. C’est dans cette dernière que j’ai eu l’idée de créer Ecovadis : j’ai alors beaucoup discuté avec mes clients, les directeurs achats des grands groupes européens, et observé que le développement durable devenait pour eux une véritable préoccupation. Ils avaient commencé à mettre en place des chartes pour les fournisseurs, des politiques internes,… mais ils avaient un problème : leurs grandes entreprises, qui comptent entre 5 000 et 20 000 fournisseurs dans le monde entier, n’avaient pas les moyens d’évaluer les performances environnementales et sociales de ces derniers au regard des nouveaux critères mis en place. Ils savaient très bien évaluer un fournisseur sur la qualité, le coût, les délais,… tous les critères classiques. Mais le développement durable était à la fois vu comme flou et trop couteux : auditer tous les fournisseurs dans tous les pays aurait représenté une dépense astronomique.
Nous avons donc décidé de créer une plate-forme collaborative pour mutualiser les évaluations des fournisseurs en matière de RSE (responsabilité sociale et environnementale des entreprises, ndlr), de façon à ce que ces derniers puissent partager cette information avec leurs clients. Ainsi, les directions achats pourraient accéder à des données fiables et précises sur la performance RSE de leurs fournisseurs.
Aujourd’hui, nous en évaluons des milliers dans plus de 80 pays et nous commençons à prendre de l’ampleur : près de la moitié des entreprises du CAC 40 utilisent notre plate-forme pour tout ou partie de leurs fournisseurs.

dd.com : Comment évaluez-vous les fournisseurs ?

P.-F. T. : Nous avons bâti une méthodologie d’évaluation synthétisant la totalité des labels, des référentiels, des réglementations,… Pour cela, nous avons mis en place un comité scientifique international dans lequel il y avait des personnalités travaillant au sein du GRI (Global Reporting Initiative) ou du Conseil mondial pour le développement durable et abouti à un référentiel basé sur les standards internationaux de la RSE (GRI, Global Compact, ISO26000). Celui-ci couvre 21 indicateurs groupés en quatre thèmes (Environnement, Social, Ethique, et Supply Chain).
Nous l’avons de plus décliné par secteurs d’activité et par famille d’achats. Et pour 150 métiers, nous avons identifié toutes les réglementations environnementales et sociales applicables, les techniques disponibles,… de sorte qu’il existe un référentiel d’évaluation propre à chaque métier.
D’un point de vue opérationnel, des systèmes d’informations accessibles via Internet permettent de recueillir des indications de la part des fournisseurs sous forme de questionnaires électroniques. Ils sont adaptés à leur métier, à leur pays, à leur taille,... Puis nous contrôlons les informations : chaque entreprise évaluée doit fournir des pièces justificatives que nos analystes vérifient.
Toute cette information est ensuite moulinée dans un logiciel qui produit des fiches d’évaluation. On y trouve des scores sur l’environnement, le social, l’éthique, les points forts et les points faibles du fournisseur, des renseignements vis-à-vis de la concurrence, et des recommandations sur les actions à mettre en place pour améliorer leur performance en matière de RSE.

dd.com : Que gagne une entreprise à effectuer des achats durables ?

P.-F. T. : Il y a trois axes principaux. Le premier concerne la gestion des risques : quand vous êtes un donneur d’ordres comme Alcatel-Lucent, qui est l’un de nos clients, vous vous devez de faire attention à la réputation de l’entreprise. Et celle-ci peut être menacée par la supply chain.
La seconde motivation de nos clients est la réduction des coûts. Sur certaines familles de produits, certains s’aperçoivent rapidement que développement durable et réduction des coûts font souvent bon ménage.
Quant au troisième axe, il touche à la différenciation de l’offre vis-à-vis des concurrents. Bouygues Construction sait par exemple qu’il va développer des projets performants et gagner de nouveaux marchés en trouvant des fournisseurs innovants sur le développement durable et les matériaux de construction écologique.

dd.com : Les achats durables sont-ils aujourd’hui plus chers ?

P.-F. T. : Cela dépend des catégories d’achat. Certaines conduisent à une augmentation des coûts à court terme. D’autres, qui touchent aux économies d’énergie ou aux consommations de matières premières, sont en revanche dans des gammes de prix identiques, voire même parfois moins élevées.

dd.com : Vous avez été mandaté fin 2009 par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour évaluer les politiques d’achat durable des PME. Quelles sont vos observations ?

P.-F. T. : Après avoir réalisé une étude sur un panel de 120 PME françaises, nous avons été surpris de voir à quel point l’achat durable faisait partie de leurs préoccupations. Je pensais à priori que ces entreprises s’intéressaient avant tout à leurs propres pratiques en matière de développement durable. Mais elles se penchent aussi très sérieusement sur celles de leurs fournisseurs. Nous avons ainsi constaté une tendance et une véritable volonté, et déduit que les politiques d’achats durables ne sont plus uniquement des problématiques de grands groupes.
En revanche, les process mis en place pour y parvenir sont encore très peu structurés.

dd.com : Un sondage TNS Sofres récent montre que l’achat durable n’est pas encore une priorité environnementale pour les entreprises, contrairement à la réduction des émissions de CO2 ou la gestion des déchets. Partagez-vous cette analyse ?

P.-F. T. : Pas du tout : toutes les entreprises du CAC 40, que nous connaissons bien, affirment avoir beaucoup fait pour le développement durable en interne depuis 10 ans et vouloir désormais mener la prochaine bataille dans la supply chain, où les performances environnementales sont beaucoup plus faibles et où se trouvent les enjeux.

Propos recueillis par Yann Cohignac

Site d’Ecovadis

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Derniers commentaires :

genv, 14 / 05 / 2010 - 10:10
“Cet article est très interressant, la RSE est globale puisque l'entreprise est un ensemble de processus qui génèrent des produits et que la réduction de l'impact d'une entreprise, au regard du
développement durable, passe par l'analyse du cycle de vie des produits.
C'est en amont s'assurer de la labellisation des fournisseurs et en aval contrôler l'élimination des déchets de l'entreprise. Actuellement je travaille sur ce sujet au niveau de la zone territoriale Paris Rive Gauche, mon objectif est de sensibiliser les différents acteurs à l'enjeu d'une telle démarche et de préparer sa mise en place.
Paul Journaux_ingénieur, master génie de l'environnement & industrie”

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