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Bettina Laville, associée en charge du développement durable chez Landwell & Associés (PwC)

Date de l'interview :
09 / 02 / 2012
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Le cabinet d’audit et de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) et la société d’avocats Landwell & Associés, membre du réseau international PwC, viennent de publier une synthèse des grandes conférences internationales en matière de développement durable définissant notamment les priorités du Sommet de Rio +20 qui aura lieu en juin 2012. Un rapport destiné aux décideurs que Bettina Laville, associée en charge du développement durable chez Landwell & Associés nous présente…

DeveloppementDurable.com : Quel parcours vous a menée au poste d’associée en charge du développement durable ?

Bettina Laville : J’ai eu un parcours à la fois classique et non classique. Classique car je suis énarque, aujourd’hui conseiller d’Etat et avocate. Et pas classique parce que je me suis engagée très tôt dans l’environnement, que l’on n’appelait encore pas le développement durable, en mettant sur pied en 1982 un festival du film sur l’environnement (créé en Charente-Maritime puis repris par le Conseil régional d’Ile-de-France). Une expérience passionnante et très instructive qui m’a donné envie de créer une fondation. Cette dernière s’est ensuite rapprochée de la Fondation de Simone Veil pour former le Comité 21.
Parallèlement, dans ma carrière administrative, et durant le gouvernement de Michel Rocard (mai 1988 à mai 1991, ndlr), je suis devenue directeur de cabinet de Brice Lalonde (alors secrétaire d’Etat puis ministre chargé de l'Environnement et de la Prévention des risques technologiques et naturels majeurs, ndlr). Puis j’ai coordonné à Matignon la Conférence de Rio en juin 1992, et assuré son suivi à l’Elysée à la demande de François Mitterrand, avant d’occuper le poste de conseiller de Lionel Jospin pour l’aménagement du territoire et l’environnement.
Je suis enfin rentrée au Conseil d’Etat. En 2008 le cabinet Landwell & Associés m’a proposé de créer un département développement durable. J’ai également effectué des missions pour le Grenelle et le Grand emprunt.
Je sors par ailleurs dans un mois une revue intitulée « Vraiment Durable » (Pour en savoir plus : www.vraiment-durable.org).

DD.com : Pourquoi avoir rédigé un rapport développement durable à l’usage des décideurs ?

B. L. : La grande raison est que l’on est aujourd’hui dans une séquence nouvelle des questions environnementales. La première séquence était Stockholm-Rio-Kyoto. Le sujet était alors reconnu par peu de gens, et tout était à construire. Mais les chefs d’Etat se sont peu à peu impliqués. Rio a ainsi finalement été une assez grande réussite, puisque l’on est arrivé à signer trois conventions et à élaborer l’Agenda 21. Et le pari de Kyoto a été gagné.
La seconde séquence a été l’après-Kyoto, c’est-à-dire la période 1997-2009, jusqu’à la Conférence de Copenhague. Douze années pendant lesquelles on n’a pas su faire bouger la convention de biodiversité et cru construire un dispositif de lutte contre le réchauffement climatique. Car le Sommet de Copenhague, même s’il a permis pour la première fois un consensus sur le fait qu’il fallait maintenir le réchauffement autour de 2°C au XXIème siècle, n’a rien donné de vraiment concret, et depuis, on stagne. Pourquoi ? La situation est différente de celle de Rio : les pays émergents se sont appropriés le sujet mais n’ont pas l’intention d’agir comme nous le demandons, et l’Europe est en crise et perd de son influence. Je pense aussi que cette conférence a été très mal préparée, y compris par la France, malgré ses efforts.
Vient ensuite la troisième séquence, avec la Conférence de Nagoya, en 2010. Un succès, mais il ne se passe plus grand chose depuis, qu’il s’agisse de la protection des sols, de la gestion de l’eau, ou de la gouvernance. Les moyens mis en œuvre sont notoirement insuffisants en ces temps de crise économique et financière. Or le changement environnemental de la planète devient tangible. Parallèlement, on redécouvre le pilier social parce que les inégalités augmentent. On est ainsi dans le contraire de ce qu’avait espéré Rio.
La première raison de la sortie de ce rapport est donc une volonté de mettre tout ceci à plat afin que les décideurs disposent d’un outil complet pour comprendre un sujet complexe et identifier les priorités - ce que personne ne fait vraiment. Ces dernières sont hiérarchisées, de façon à ne pas se retrouver à devoir combattre sur tous les fronts avec les mêmes armes, comme c’est toujours le cas avec le développement durable.
La seconde raison est interne : le groupe PwC, à l’instar de la plupart des entreprises anglo-saxonnes, a très bien intégré le développement durable.

DD.com : Quels sont les grands domaines dans lesquels la synthèse donne des recommandations ?

B. L. : Le premier domaine que l’on a essayé de défricher et déchiffrer, c’est le climat. Celui-ci prime. Tout le monde le pense sans l’affirmer, mais le réchauffement influence tous les autres domaines environnementaux, et même les piliers économiques et sociaux. J’attache personnellement beaucoup d’importance à la biodiversité car c’est avec elle que je suis venue à l’environnement. La considérer sans prendre en compte le réchauffement n’a toutefois aucun sens.
Nous avons ensuite choisi d’aborder des domaines que nous considérons comme insuffisamment approfondis, et notamment celui de la dégradation des sols : ceux-ci ne renferment en effet plus la richesse d’antan, ce qui pose de graves problèmes pour la production agricole.
Autre domaine primordial : l’urbanisation. Les villes s’organisent en grands ensembles et s’autogèrent de plus en plus, au détriment de l’influence des Etats, et deviennent des actrices de la planification mondiale. Le phénomène est galopant au Sud, avec des conséquences néfastes comme la « bidonvillisation » et la hausse du chômage. Dans le Nord, on a une métropolisation urbaine avec des populations qui vont se réduire, comme par exemple en Russie.
Nous avons en outre décidé de parler de la gouvernance : Malgré la frilosité des diplomates sur le sujet et l’opposition diplomatique de pays comme la Chine, je suis intimement persuadée que les problèmes environnementaux grandissants seront un jour traités par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ou qu’une sorte d’autorité environnementale mondiale sera créée. Car la question à se poser est : la difficulté à assurer un développement durable est-elle un problème de sécurité mondiale ? Et la réponse est évidemment oui. Il risque en effet d’y avoir de plus en plus de conflits environnementaux. Mais les Etats sont pour l’instant hostiles à cette idée, craignant l’ingérence.
Enfin, nous nous sommes penchés sur l’implication du secteur privé dans le développement durable : je suis attachée, comme tous les environnementalistes, à la thèse du bien commun. Mais il faut aussi l’alimenter par des crédits publics qui font aujourd’hui cruellement défaut. Alors que le privé relaie, et contribue, même parfois sans gain. Certaines sociétés n’y recherchent même plus une amélioration de leur image. Cela s’explique par une demande des salariés, notamment des jeunes, et l’acquisition d’une conviction selon laquelle un environnement durable favorise le business.

DD.com : Parmi les points développés dans votre synthèse, on trouve le développement personnel et la mesure du bonheur. Pouvez-vous nous en parler ?

B. L. : Nous avons sur la table énormément de recherches abouties sur le sujet. Le PNB (Produit national brut) est devenu le PIB (Produit intérieur brut), on dispose de l’IDH (Indice de développement humain), et avec la montée de l’individualisme dans le monde, on remarque aujourd’hui une recherche très forte du bonheur personnel (en Chine par exemple). Et pourtant, il ne se passe rien de concret. Les responsables gouvernementaux et la plupart des économistes n’utilisent pas ces nouveaux outils dans les Sommets.
Il est par ailleurs évident qu’avec le développement personnel, une attention grandissante se porte sur la santé. Ce phénomène explique les révoltes chinoises, ou la réforme de la santé menée par Obama. On peut ainsi dire que le développement personnel est devenu un facteur géopolitique, ce qui est totalement nouveau. Le mouvement des Indignés répond d’ailleurs à la même logique autant qu’à la soif de justice.

DD.com : Selon vous, quelle est la plus grande priorité des décideurs publics en France en matière de développement durable ?

B. L. : L’énergie et la fiscalité sont les dossiers prioritaires. En France, le débat ne doit pas se focaliser uniquement sur le nucléaire, alors qu’il faudrait parler de l’ensemble de l’énergie, des alternatives, de l’augmentation des coûts, et de la précarité énergique. Et la fiscalité environnementale, indissociable mais pourtant quasi inexistante dans ce pays, doit être développée.

DD.com : Et celle des décideurs privés ?

B. L. : Le privé doit s’axer sur le changement de modèle économique. Il faut notamment qu’il développe l’économie circulaire, modèle qui peut s’exporter.

Propos recueillis par Yann Cohignac

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