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Françoise Gaill, directrice de l'Institut Ecologie et Environnement du CNRS

Date de l'interview :
15 / 02 / 2011
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Note : 2/5
Françoise Gaill
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Derrière les plus grandes découvertes environnementales se cachent bien souvent d’illustres inconnus pour le grand public : les chercheurs. Encore trop discrets sur leurs recherches et leur fonctionnement, ils aimeraient pourtant se rapprocher du public. Pour nous aider à percer leurs secrets, la directrice de l’Institut Ecologie et Environnement du CNRS, Françoise Gaill,  nous ouvre les portes de leur antre. Immersion chez les scientifiques de l’écologie…

DeveloppementDurable.com : Pourquoi l’INEE a-t-il vu le jour ?

Françoise Gaill :
Le CNRS a souhaité mettre en place d’un institut doté d’une certaine autonomie qui jouerait un véritable rôle au niveau national et international et qui serait chargé de développer une recherche d’excellence dans le domaine de l’écologie globale. Cette mission m’incomba, en 2008, alors que je présidais le département « environnement et développement durable » du CNRS.

dd.com : Qu’appelle-t-on l’écologie globale ?

F. G. :
Il s’agit de l’ensemble intégré des interactions entre l’écologie, la biodiversité et les interactions hommes-milieux. A l’époque, tous ces domaines étaient bien distincts, nous les avons réunis pour que nos recherches soient beaucoup plus transversales, cohérentes et forment un champ disciplinaire d'envergure. Nous disposon, à cet égard de plusieurs outils tels que les écotrons, les zones d'ateliers, les stations d'écologie expérimentales et l'observatoire hommes-milieux (OHM). Nous disposons justement d’un OHM au Sénégal, qui étudie la dynamique des interactions allant de la biologie végétale à l'écologie, en passant par toutes les disciplines y compris la géographie et l'anthropologie.

dd.com : Quelles sont les missions principales de l’INEE ?

F. G. :
Nous travaillons sur plusieurs axes de recherche : biodiversité et écologie fonctionnelle ; artificialisation des milieux et du vivant ; analyse des services écosystémiques ; adaptation, adaptabilité et évolution et enfin rétroaction des écosystèmes sur les changements globaux. Nous attachons également une importance toute particulière à l’ingénierie écologique qui n’est encore qu’une discipline émergente. Je m’explique : nous savons tous que la nature, au sens strict n’existe presque plus, l’homme ayant tout anthropisé ou presque. Or, l’ensemble de la biosphère a trouvé, au cours de l’évolution, des solutions dont nous avons négligé l’étude. En nous penchant sur ce phénomène, nous pensons pouvoir trouver de nombreuses solutions aux problèmes qui nous semblent hors de portée aujourd'hui. Par exemple, certaines plantes sont spécialisées dans la détoxification des sols pollués, certaines associations entre espèces permettent aussi d’accroître la productivité d’autres plantes. Nous souhaiterions maintenant que des formations se développent autour de cet enjeu qui nous semble primordial.

dd.com : Vous travaillez donc sur les sciences de l’environnement. Est-ce pour améliorer la connaissance sur le vivant ou pour élaborer de nouveaux axes de préservation ?

F. G. :
Je suis persuadée qu’il existe une véritable économie de la connaissance. Au sens économique du terme, c’est une priorité ! Si nous ne comprenons pas la manière dont le vivant fonctionne et évolue, nous ne pourrons rien prédire. En d’autres termes, pour agir, nous devons comprendre la biosphère, rapprocher la recherche de l’action. Nous avons beaucoup à apprendre et notamment dans la manière de gérer notre environnement et nos sociétés.

dd.com : Pourquoi collaborez-vous tant avec les universités ?

F. G. :
C’est notre partenaire privilégié. Comme l’écologie est une discipline plutôt récente, l’enseignement n’a pas encore été très développé. Ou seulement récemment. Or, nous souhaitons accentuer la formation. Nous sommes persuadés que les jeunes constituent le moteur de la recherche. Sans eux, point d’émergence de nouvelles idées, point de compréhension des nouveaux enjeux, et point d’avancement de la recherche.

dd.com : Les coopérations avec des chercheurs étrangers, notamment sur des appels à projets de recherche, vous permettent-elles d’optimiser les résultats des recherches ?

F. G. :
Entre scientifiques, nous formons une communauté d’esprit. Les idées fusent, les expériences sont bien plus intéressantes et l’émulation nous permet de nous dépasser beaucoup plus rapidement. La coopération est intéressante également pour éviter que nous ne nous marchions les uns sur les autres. Soit nous décidons de nous concurrencer, soit nous nous investissons ensemble pour faire avancer la connaissance. Il est dans notre intérêt de nous associer pour développer des programmes de recherche, c’est l’essence même de la recherche.

dd.com : En quoi consistera le projet Biodiversa dont la date limite de dépôt des candidatures est fixée au 17 février ?

F. G. :
La mutualisation des ressources humaines, dont je viens de vous parler, est justement capitale pour ce projet-là. Biodiversa, c’est l’un des outils qui nous permettra de favoriser certains axes de recherche concernant la biodiversité ou l’analyse des services écosystémiques. Nous fondons beaucoup d’espoirs dans ce projet, il est l’un des drapeaux de la recherche dans ce domaine.

dd.com : Quels travaux connus du grand public avez-vous déjà menés ?

F. G. :
Très récemment, Paul Leadley a publié un article dans Science sur la manière d’analyser les services rendus par les écosystèmes au moyen de l’IPBES (ndlr, le Giec de la biodiversité). Nous sommes très fiers de ces travaux qui jouissent d’une importante visibilité internationale. D’autres travaux sont tout aussi importants mais bien moins connus. Nous avons notamment publié dans PNAS quelques articles sur la biodiversité amazonienne et notamment sur la façon dont les fourmis jouent un rôle dans l’établissement de la biodiversité.

dd.com : Comment et par qui votre feuille de route est-elle établie ?

F. G. :
Au CNRS, la recherche fondamentale est une valeur reconnue mais nous avons aussi le devoir d’en référer à la nation et au citoyen. Concernant nos axes de recherche, le CNRS accorde une pleine confiance à ses directeurs d’institut. Quant au budget, il est attribué de manière globale au CNRS par le ministère de la Recherche. Le CNRS se charge ensuite de le distribuer en fonction des domaines de recherche. Toutefois, certains outils très coûteux, comme les Très Grandes Infrastructures de Recherche (TGIR), restent régulés plus étroitement par l’Etat. Nous, à l’INEE, sommes encore « tout petits », nous ne disposons pas de la visibilité que nous souhaiterions avoir.

C’est en partie dû à nos lacunes en communication. La communication est un métier, la recherche en est un autre ! Nous devrions prendre le temps d’expliquer aux citoyens l’objet de nos recherches. Je suis persuadée que la communication est la clé, que c’est par elle que nous saurons nous faire connaître.

dd.com : Quand et à quel titre avez-vous été décorée de la Légion d’honneur ?

F. G. :
Après ma thèse au Muséum national d’histoire naturelle en zoologie, je me suis orientée vers la biologie marine, un domaine qui restera ma passion à tout jamais. Je pensais, dans les années 75, que nous n’avions plus rien à découvrir sur le milieu marin profond. Or, les nouvelles technologies et les sous-marins nous ont prouvé le contraire. L’une des grandes découvertes du XXe siècle a été justement de réaliser que la vie pouvait non seulement émerger de la surface des eaux mais aussi du plus profond des océans, à l’interface avec la Terre solide. Les milieux extrêmes m’ont alors passionnée, j’ai fait de la biologie structurale, de la biophysique et travaillé sur le collagène. J’ai développé des méthodes expérimentales avec mon équipe et notamment le premier aquarium sous pression permettant de conserver des animaux vivants remontés du fond des océans. J’ai ensuite joué un rôle important au niveau européen avec la European Science Foundation (EFS) mais aussi au niveau international. J’ai intégré le CNRS il y a 3 ans et j’ai eu la chance de mettre en place cet Institut auquel je tiens beaucoup.

La Légion d’honneur m'a été décernée pour mes recherches sur les cristaux liquides dont j’ai trouvé de nouvelles formes très esthétiques. Mon statut d’Officier récompense mon rôle international au sein du CNRS. Mais en dehors de l’Institut je préside aussi le Comité stratégique et technique de la flotte (CSTF) ainsi que le groupe de travail « Recherche et Innovation » du Grenelle de la mer.

Propos recueillis par Albane WURTZ

Pour en savoir plus sur l'INEE, cliquez ici

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