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Nadia Boeglin, conseillère au commissariat général au développement durable (CGDD)

Date de l'interview :
08 / 07 / 2011
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Nadia Boeglin
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Depuis le 1er juillet, les consommateurs, en faisant leurs courses, peuvent faire connaissance avec l’affichage environnemental. Plus de 1 000 produits, commercialisés en rayon ou sur Internet, seront en effet progressivement accompagnés d’une étiquette détaillant leur impact écologique sur le climat, l’eau, l’air et la biodiversité. De nombreuses entreprises se sont portées volontaires pour participer à cette première phase de test : Picard Surgelés, SFR, Leroy Merlin, Boulanger, Bonduelle, Pepsi, H&M, L’Oréal, la Fnac ou encore Casino. Nadia Boeglin, conseillère de la commissaire générale au développement durable (Dominique Dron), nous apporte son éclairage quant à cette initiative gouvernementale.

DeveloppementDurable.com : Quel est le concept de l’affichage environnemental ?

Nadia Boeglin : Tout produit génère des impacts au cours de son cycle de vie, mais certains moins que d’autres. Et pour l’instant le consommateur ne peut pas le savoir, contrairement, par exemple, aux voitures. Donc informer le citoyen par le biais de cet étiquetage, c’est lui donnait les moyens d’intégrer le critère environnemental dans ses critères de choix habituels (prix, qualité, design, goût...).

DD.com : Quel est l’objectif principal : guider le citoyen dans son acte d’achat ou inciter les entreprises à réduire leur empreinte environnementale ?

N. B. : Bien sûr, c’est un double effet qui est attendu : de manière directe, il s’agit de guider le citoyen dans son acte d’achat. Indirectement, et probablement à plus court terme, nous souhaitons également agir sur les entreprises. Car dès lors que des indicateurs entrent en ligne de compte, ces dernières se comparent et souhaitent s’améliorer. Et ce, d’autant plus si elles rendent public ces chiffres. D’autre part, jusqu’à présent, elles disposaient  de peu de moyens pour mettre en avant les progrès concrets réalisés à certaines étapes du cycle de vie de leur produit. L’affichage environnemental peut donc constituer un nouveau vecteur de valorisation.

DD.com : Pourquoi avoir limité le nombre d’entreprises participantes à 168 pour cette phase de test ?

N. B. : En réponse à l’appel à participation, nous nous attendions à avoir une vingtaine d’entreprises. Et nous avons reçu plus de 230 candidatures. Dès lors, deux possibilités s’offraient à nous : ne garder que les pionniers historiques c’est-à dire des marques ou distributeurs déjà très investis dans ce type de démarches environnementales. Mais alors l’expérimentation n’aurait pass servi à grand chose puisqu’il y aurait eu peu de retours d'expérience nouveaux. L’autre solution, celle qui a été retenue, a été d’accepter un grand nombre de candidatures, permettant ainsi d’élargir la gamme des résultats. Cette sélection s'est faite en tenant compte à la fois des connaissances disponibles au sein des entreprises et des données publiques existantes. Par exemple, des artisans boucher s'étaient portés volontaires pour l'expérimentation... mais nous ne disposons pas encore des données d'évaluation environnementale nécessaires et le temps contraint de l'expérimentation ne nous semblait pas permettre de les trouver. A l’inverse, un petit fabricant de meubles a été retenu car on connaît relativement bien les impacts liés à ce domaine.

Nous aimerions couvrir un très large spectre d’activités lors de cette expérimentation. Nous avons ainsi retenu certaines structures de petite taille, situées dans des pays en voie de développement, afin de tester leur aptitude à appliquer les règles établies. D’autres ont été choisies pour leur grande force de frappe (analyse du marché, nombres d’entreprises engagées…). Elles nous permettront ainsi d’avoir un retour d’expérience très intéressant du point de vue de la perception du consommateur. Soyons clairs, pendant l’expérimentation, nous n’attendons pas de modification du chiffre d’affaires des produits. On teste la traçabilité des données, les démarches à suivre quant aux produits d’import, les supports, la manière de s’y prendre avec les petites et grandes entreprises, etc.

DD.com : Cette expérimentation a été lancée le 1er juillet. Peut-on déjà observer un changement dans les magasins ?

N. B. : Sauf quelques secteurs spécifiques (téléphonie, ameublement, bricolage), si vous rentrez dans un magasin, vous observerez probablement peu de changement. D’abord parce qu'une partie des informations n’est disponible que sur Internet, et ensuite parce que l’expérimentation est progressive. Elle commence le 1er juillet, mais les entreprises ont jusqu’au 1er décembre pour aller au bout du cahier des charges. Les raisons principales en sont les suivantes : la saisonnalité des collections, le temps de modifier les emballages pour les plus ambitieux qui afficheront les données sur leurs produits, etc. Nous savons d’ores et déjà qu’à la fin de l’été, il y aura une centaine d'opérations bien lancées mais pas forcément avec leur support définitif.

DD.com : Les étiquetages seront-ils standardisés ?

N. B. : Sur cette centaine, environ la moitié des entreprises prévoit de ne communiquer que par Internet. L’autre moitié vise un mix de supports : internet et étiquettes en rayons, sur les produits, informations sur les lieux de vente ou sur les catalogues, etc. L’affichage environnemental recouvre deux parties. Celle que le consommateur ne voit pas, à savoir l'évaluation environnementale, la collecte de données, l'interrogation des fournisseurs, des fournisseurs des fournisseurs.... Et la partie visible, qui joue sur deux paramètres : le support choisi et le format de l’information. Certains donnent les chiffres bruts de l’évaluation environnementale, d’autres une note unique. Ne pas avoir standardisé l’information dès à présent fait partie de la richesse de l’expérimentation. On n’est pas en train de demander au consommateur de choisir entre deux yaourts suivant leur performance environnementale, mais plutôt si cette nouvelle information les intéresse, s’ils la comprennent, et si le format leur convient. On cherche à conjuguer crédibilité des données et compréhension. Quand on aura étudié les meilleures options, on pourra proposer les voies d'une possible généralisation.

DD.com : Qui est en charge de vérifier les allégations des entreprises ?

N. B. : Dans le cadre de l’expérimentation, il n’est pas prévu de contrôle systématique de ces allégations. En revanche, le cahier des charges prévoit que la DGCCRF (Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes) soit à nos côtés. Elle expérimentera la faisabilité de contrôle, le type de données à demander aux entreprises et la manière de les analyser.

DD.com : Quels types de produits bénéficieront le plus de cette démarche ?

N. B. : L’intérêt d’une évaluation environnementale multicritère quantifiée est justement d’asseoir certaines idées, ou le cas échéant, de les revisiter. On préconise de réduire les emballages, de favoriser les grandes contenances… La différence entre les impacts d’une canette de coca de 33 cl et une bouteille de 1,5 l peut ainsi être quantifiée précisément, par exemple. Pour les produits locaux, on doit pouvoir valoriser la diminution des transports, mais il faut également évaluer la façon dont les produits sont faits sur place. Il est à rappeler que la grande originalité de l’approche française est de vouloir être multicritère et de ne pas se concentrer sur l’unique paramètre du CO2, ce qui amènerait à faire de grosses erreurs. Suivant la catégorie des produits, les critères significatifs ne sont pas les mêmes, même si l'empreinte environnementale les concerne toutes.

Propos recueillis par Pauline Meyniel

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