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Jérôme Koumba, directeur général de GES Environnement

Date de l'interview :
08 / 06 / 2011
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Jérôme Koumba
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Figure emblématique du développement durable, Jérôme Koumba est à la fois enseignant, consultant auprès des Nations Unies, directeur d’un cabinet de conseil en environnement… Il voyage à travers le monde entier, notamment en Afrique, afin de diffuser les moyens de mettre en œuvre de façon pérenne le développement durable au sein d’un territoire. Il nous offre aujourd’hui un bilan tiré de ses expériences personnelles.

DeveloppementDurable.com : Quel a été votre parcours ?

J. K. : De formation initiale ingénieur géologue, réalisée en France, j’ai étudié dans un second temps l’environnement à Genève, en Suisse (formation en génie de l’environnement pour les industries et les collectivités). J’ai travaillé huit ans dans des entreprises et quatre ans dans des cabinets de conseil. Enfin, j’ai créé le cabinet GES Environnement, dont je suis le directeur général depuis aujourd’hui quinze ans. Il est basé en région parisienne, à Asnières-sur-Seine (92). Il est centré autour de quatre pôles : l’environnement, le développement durable, le management de la qualité (normes ISO) et la prévention des risques. En tant que consultant, je suis également formateur et j’enseigne dans les universités de Paris 6 et Créteil Val-de-Marne. Parallèlement à ces activités, je suis consultant auprès des Nations Unies pour les questions d’environnement depuis 1991. Aujourd’hui, mon temps est partagé entre le conseil, l’audit, la formation et l’enseignement. Je travaille en France, à Genève, au Luxembourg, en Belgique... Depuis six ans, je travaille beaucoup avec les gouvernements des pays francophones d’Afrique et j’enseigne aussi dans trois universités africaines. J’y accompagne la mise en place des stratégies nationales. Par exemple, cette semaine, je me rends en Afrique centrale pour conseiller un ministère qui s’occupe du développement durable, de l’économie forestière et de l’environnement.

DD.com : Vous avez participé au Sommet de la Terre à Rio en 1992 en tant que conseiller. Etes-vous satisfait de ses retombées ?

J. K. : Quand nous avons fini le Sommet en 1992, les Etats devaient mettre en place des plans nationaux pour la protection de l’environnement. Je précise qu’on ne parlait pas encore de stratégie de développement durable en tant que tel à l’époque. L’environnement était le socle du Sommet de Rio et l’idée de développement durable n’est arrivée que plus tard. A la suite de la conférence, les pays européens avaient bien réussi à développer ces plans d’action pour l’environnement. En revanche, concernant les pays africains, si certains plans avaient bien été élaborés, quasiment rien n’avait été fait au niveau de leur mise en œuvre.
Vingt années se sont écoulées depuis le Sommet de Rio. On observe aujourd’hui des résultats à deux vitesses. Les pays avancés ont des outils et des méthodes pour pouvoir dérouler ces plans. Tandis que les pays en développement connaissent des difficultés car ils manquent encore d’experts sur le terrain pour pouvoir déployer ce genre de mécanismes. Aujourd’hui, ils doivent faire appel à des cabinets extérieurs comme nous. Pour conclure, le bilan est mitigé dans la mesure où tout ce qui se décide au niveau des grandes conférences internationales n’a pas de caractère législatif ou réglementaire. Il s’agit de démarches volontaires, donc, de fait, les pays vont chacun à leur rythme. On ne peut donc pas s’attendre à des résultats homogènes.

DD.com : Qu’espérez-vous à l’avenir ?

J. K. : Chaque pays devrait avoir déployé sa stratégie nationale de développement durable. Et la lecture des résultats se fait à travers les indicateurs du développement durable comme les agendas 21 (plan porté par une collectivité pour mettre en œuvre le développement durable à l'échelle d'un territoire, ndlr). Mais beaucoup de pays n’ont pas encore mis le pied à l’étrier. Des Etats comme le Gabon, en Afrique Centrale, ont mis en place des agendas 21, accompagnés par des organismes extérieurs, notamment venus de France. Dans le cadre de la coopération décentralisée, des partenariats se font avec des régions, comme ça a été le cas avec la Picardie, par exemple. Mais les résultats ne sont pas toujours là. Clairement, ils sont peu évidents dans les pays en développement, contrairement aux pays avancés où il y a davantage de lisibilité.

DD.com : Vous-même, accompagnez-vous des collectivités en Afrique dans leur démarche de développement d’agendas 21 ?

J. K. : Il y a un pays en Afrique où je vais pouvoir aider à réaliser des agendas 21 : le Congo-Brazzaville. Mais mes missions sur ce continent portent principalement sur la sensibilisation, la vulgarisation et la formation des personnes au niveau institutionnel. Il s’agit d’une étape essentielle, précédant la mise en œuvre d’agenda 21. Il est nécessaire qu’ils comprennent les mécanismes du développement durable pour qu’ils puissent piloter eux-mêmes les projets une fois les experts étrangers repartis.

DD.com : En tant que professeur, que pensez-vous des formations en développement durable existant en France ?

J. K. : Au début du mouvement, les formations naissantes portaient uniquement sur l’environnement. Elles ont fleuri de toutes parts ces dernières années. J’en ai initié certaines en Ile-de-France. Mais il n’y a pas eu les retombées attendues en matière d’emploi. Les étudiants été surtout embauchés en CDD, pour accompagner une entreprise dans sa démarche de certification, par exemple. Il y avait peu de CDI à la clé. Puis les formations se sont étendues au développement durable. Mais il n’y a pas encore beaucoup d’emplois dans les entreprises définis développement durable. En revanche, cette spécificité peut apporter un plus aux étudiants qui ont fait la formation QSE (qualité sécurité environnement). Les écoles qui proposent des formations QSE ont souvent rajouté la dimension développement durable à leur cursus pour étoffer leur offre. Aujourd’hui, je pense que les étudiants ayant choisi cette voie auront une meilleure place en tant que chargé de mission ou consultant, plutôt que dans un poste pérenne en entreprise.


Propos recueillis par Pauline Meyniel


Site de GES Environnement : www.ges-environnement.com

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