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Christine Delbove, auteur de « Comment gagner sa vie à la campagne »

Date de l'interview :
16 / 02 / 2011
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Christine Delbove
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Il y a ceux qui écoutent la petite voix intérieure qui les pousse à s’exiler sans oser sauter le pas. Et il y a ceux qui écoutent leur instinct et foncent s’installer à la campagne, loin de l’agitation qui désormais les révulse. C’est pour tous ces gens-là, fatigués de devoir jongler entre pression et agitation, que Christine Delbove, journaliste agricole, a décidé de publier l’ouvrage « Comment gagner sa vie à la campagne ». Témoignages, conseils… elle détaille pas à pas tous les chemins qui mèneront les ex-citadins au bonheur qui, assurément, est bel et bien dans le pré !

DeveloppementDurable.com : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Christine Delbove :
J’habite à la campagne et suis donc aux premières loges pour constater qu’elle se dépeuple. Or, à l’inverse, et c’est très étrange, elle se peuple de plus en plus de citadins qui y achètent une résidence secondaire et qui viennent y passer leurs vacances. Avec une seule idée en tête : y rester. Partant de ce constat, je me suis demandée quelle activité tous ces citadins en mal d’essentiel pourraient trouver. La diversification agricole m’a toujours intéressée, je m’y étais plongée lorsque j’étais journaliste et c’est donc tout naturellement que je m’y suis replongée ! Un problème subsistait pourtant : trouver des terres. Comment acheter des terres ? A qui s’adresser ? Pour répondre à toutes ces questions et élaborer mon livre, j’ai travaillé avec une foncière agricole, Terre de liens, qui achète des terrains pour les louer ensuite à des agriculteurs bio.

dd.com : Pourquoi 8 millions de citadins aspirent-ils à se retirer à la campagne ?

C. D. :
C’est un ras-le-bol général ! Ils ne supportent plus de subir une telle pression. Et je ne vous parle pas de ceux qui n’ont carrément pas de travail ! Comment fait-on pour survivre en ville quand on ne dispose pas de revenus suffisants ? Je n’en ai pas la moindre idée ! Je me rends souvent à Lyon et je constate que tout y est cher. D’autant qu’il est plus difficile d’avoir son propre jardin et de cultiver soi-même ses légumes ! Donc c’est un fait, une vraie tendance : de plus en plus de citadins quittent leur emploi pour venir s’installer à la campagne. Souvent pour démarrer, l’un des deux, s’ils sont en couple, continue de travailler pendant que l’autre s’essaye au maraichage, par exemple. Ils se nourrissent ainsi avec leur propre production et vendent l’excédent. C’est un bon point de départ ! Si l’affaire tourne bien, et s’ils se mettent à transformer leurs produits bruts, ils peuvent rapidement s’offrir l’équivalent d’un deuxième revenu.

dd.com : Mais que cherchent-ils vraiment : un véritable mode de vie campagnard ou la transposition de leur confort urbain au calme de la campagne ?

C. D. :
Les deux, probablement ! Certains ne se rendent pas bien compte que le mode de vie campagnard peut être rude ! Mais pour la grande majorité, ils aspirent à un vrai retour à la nature et sont prêts à se contenter de peu. Tous ceux que j’ai interviewés pour écrire mon livre m’ont assuré que l’argent n’était plus leur seul moteur mais que désormais, l’essentiel pour eux était de vivre simplement, au plus près de la nature.

dd.com : L’arrivée massive de citadins n’urbanise-t-elle pas la campagne ?

C. D. :
C’est une question de pédagogie. Ces citadins qui migrent à la campagne sont vraiment intéressés par nos activités. Ils nous demandent de les instruire pour ensuite reproduire la même chose chez eux. Moi-même, je reçois chez moi des nouveaux arrivants qui souhaitent comprendre la manière dont doit être géré un potager. Je suis persuadée qu’ils cherchent vraiment, pour la plupart, à changer radicalement de mode de vie.

dd.com : Quels conseils donneriez-vous, en quelques mots, à ceux qui aspirent à ce mode de vie ?

C. D. :
De nombreux scénarios sont possibles : l'élevage de poules, de poulets, le maraîchage. L'élevage de chèvres, qui a périclité ces derniers temps, s'avère en fait une excellente option si on prend la peine de transformer le lait. Cultiver des fruits rouges et les transformer est également une alternative intéressante. Je dirais enfin à ceux qui ne veulent pas être courbés pendant des heures, qui ne sont pas prêts à donner de leur personne et qui pensent faire fortune en ne travaillant que 35 heures que ce n'est pas la peine qu'ils se dérangent, ils peuvent rester chez eux !

dd.com : Qui avez-vous rencontré pour écrire ce livre ?

C. D. :
Des profils très différents ! J'ai rencontré des jeunes fraîchement installés et débordant d'enthousiasme, des plus âgés qui ont travaillé la terre toute leur vie, savent les sacrifices qu'il faut faire mais qui referaient la même chose. Ceux-là conseillent même à leurs enfants de choisir la même voie. Après tout, être caissier dans un supermarché, c'est sûrement aussi stressant que de ne pas savoir si tous ses légumes vont être vendus ! J'ai rencontré d'autres convertis qui ne faisaient que travailler leur terre, d'autres qui ne s'en servaient que comme d'un revenu d'appoint. Pour ce livre, je me suis focalisée sur l'agriculture mais il existe de nombreux autres activités à la campagne. Ce sera d'ailleurs le sujet de mon prochain ouvrage.

dd.com : Et en règle générale, quel modèle choisissent les citadins qui s’exilent à la campagne ?

C. D. :
Il n'y a pas de norme ! Parmi ceux qui viennent de la ville, certains choisissent le maraichage, l'élevage de poules, de chèvres, de porcs ou encore la cueillette sauvage. J'ai d'ailleurs rencontré, en Normandie, un couple qui pratiquait la cueillette sauvage et dont la femme, dans la première partie de sa vie, était webmaster à Paris ! Ils ont trouvé 8 hectares loués par une commune qui refusait de les céder à un promoteur et depuis, ils cueillent et transforment. Avec tous les végétaux autour de nous, les possibilités sont infinies : sureau, poires, pommes, aubépine, mûres, plantes de toutes sortes...

dd.com : L’agriculture biologique permet-elle aujourd’hui, avec la baisse des aides françaises, de réussir sa vie à la campagne ?

C. D. :
Bien sûr ! D'autant que maintenant les filières sont très bien structurées. Mais il y a encore 4 ou 5 ans, certains agriculteurs bio vendaient leur production dans le circuit conventionnel et ne faisaient donc aucune plus-value. Mais leur éthique, leur mode de vie leur interdisait de revenir à une agriculture classique. Et maintenant que les filières s'organisent, ils se rendent compte qu'ils y gagnent bien plus.

Dans mon livre, la plupart des expériences que je relate concerne des agriculteurs bio. Pas uniquement, je ne voulais pas non plus fermer la porte aux autres. Mais Terre de liens, la foncière qui m'a beaucoup aidée ne travaille qu'avec des agriculteurs bio.

dd.com : Quelles sont les autres alternatives pour réussir sa vie sans impacter son environnement ?

C. D. :
Premièrement, choisir l’agriculture biologique implique de produire, de transformer et de vendre. Trois activités en une ! Forcément, les exploitations sont à taille humaine, on ne peut pas tout gérer si on élève 800 chèvres ou 500 porcs ! L’impact sur l’environnement s’en trouve donc réduit. Pour toutes les autres activités qu’il est possible d’exercer à la campagne, patientez jusqu’à la sortie de mon prochain livre !

dd.com : Quel est votre parcours ?

C. D. :
J’ai longtemps travaillé à Paris mais je n’ai pas supporté, je suis donc retournée dans la Nièvre et j’ai monté mon propre poney-club. Après 17 ans d’activité, j’ai voulu retourner à mes premières amours et j’ai repris mon emploi de journaliste agricole que j’ai conservé pendant 8 ans. J’ai eu l’occasion de rencontrer des gens formidables et je me suis rendue compte que les tous les agriculteurs n’étaient pas forcément tels qu’on voulait bien les dépeindre dans les médias. Depuis peu, je me suis mise à mon compte et je prépare actuellement mon deuxième tome sur les métiers que l’on peut exercer à la campagne.

Propos recueillis par Albane Wurtz

Pour vous procurer le livre de Christine Delbove, « Comment gagner sa vie à la campagne », cliquez ici

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