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Alain Philippe, président de la Fondation Macif

Date de l'interview :
10 / 11 / 2010
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Alain Philippe
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Soutenir l’innovation sociale et permettre aux individus d’accéder à un quotidien heureux, tourné vers les autres et vers l’environnement. Tels sont les chevaux de bataille de la Fondation Macif, créée en 1993. Objectif affiché : parvenir à une société plus juste, plus humaine. Et dans cette optique, la Fondation attribue des financements à des projets socialement innovants et tournés vers la protection de l’environnement. Alain Philippe, son président, nous dessine les contours de ce nouveau monde…

Developpementdurable.com : Pourquoi le groupe Macif a-t-il décidé d’allouer une part de ses résultats à des projets à vocation sociale ?

Alain Philippe : La Fondation Macif est née lors d’un Congrès, en 1991, de la volonté des délégués représentant les sociétaires de la Macif. C’est en écrivant le projet mutualiste de l’entreprise qu’ils ont considéré qu’une partie des résultats de la Macif, compte tenu de notre histoire, de nos gênes, de notre culture, devait être consacrée à des causes d’intérêt général. Considérant le contexte à la fois juridique et social d’une fondation, les délégués ont pensé que c’était au travers d’une telle structure que nous pourrions assumer cet engagement. Notre Fondation a donc vu le jour en 1993.

dd.com : Quel est le rôle des délégations régionales dont dispose votre Fondation ?

A. P. : L’architecture de la Fondation est construite autour de celle de notre premier fondateur, la Macif. Mutualisée en 11 régions, nous avons donc construit, nous aussi, 11 délégations régionales de la Fondation auxquelles se sont ajoutées en 2009 quatre délégations nationales. La même année, le périmètre de nos fondateurs s’est élargi à quatre filiales de la Macif. Aujourd’hui, nous avons donc cinq co-fondatrices.

Dans les faits, ces délégations régionales contribuent à la dotation de la Fondation et possèdent un droit d’accès au budget afin d’instruire et de financer des programmes dans leur périmètre géographique.

dd.com : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de projets que vous avez financés ?

A. P. : A la Fondation, nous avons comme priorité le soutien à des programmes innovants sur le plan social avec une particularité, une focale : l’environnement. Nous avons par exemple un programme, initié avec Médiaterre et porté par Uniscité, par lequel nous donnons la possibilité à des familles modestes d’être accompagnées par des volontaires d’Uniscité qui, dans le cadre de leur service civique, les aident à adopter des éco-gestes simples. C’est un projet d’éco-citoyenneté qui a un double impact : d’abord sur les finances des familles puisqu’elles peuvent bénéficier de réductions de leurs factures énergétiques de l’ordre de 40 % par an. Et puisqu’ils deviennent énergivores, ce qui est bon pour eux l’est aussi pour la planète !

dd. com : Suivez-vous les projets jusqu’à ce qu’ils aboutissent ?

A. P. : Je dirais même plus, c’est un postulat ! Pour qu’un programme soit éligible à la Fondation, il doit répondre à trois règles. Il faut tout d’abord qu’il soit innovant socialement, c’est-à-dire qu’il fasse émerger une réponse à un besoin social auquel les gens ne trouvent pas réponse.

Il faut ensuite que nous puissions, à la Fondation, être co-constructeurs. Nous voulons être associés à la création, au suivi, au pilotage, à l’accompagnement et in fine, à l’évaluation du programme.

Enfin, le projet doit compter une pluralité de partenaires. Nous ne sommes plus dans la bilatéralité comme nous l’avons été pendant 15 ans. Nous recherchons dorénavant une ouverture partenariale à des tiers, notamment des collectivités publiques qui permettent quelquefois d’assurer la pérennité d’un projet quand nous, nous n’avons qu’un devoir moral et non économique ou encore social.

dd.com : En 2010, vous changez de cap et mettez l’accent sur l’innovation sociale et les problématiques environnementales. Vous êtes donc persuadé que le mieux-vivre passe par une plus grande préoccupation pour l’environnement ?

A. P. : Tout à fait. Nous pensons que l’approche sociale est fondamentale, que la réponse aux besoins sociaux est impérative. Et cette réponse passe par une réflexion et des actions en faveur de l’environnement. Nous avons déjà évoqué les éco-gestes mais nous voulons aussi soutenir d’autres programmes dans bien d’autres domaines. Je pense par exemple à la biodiversité, à l’efficacité énergétique mais aussi au développement d’énergies renouvelables ainsi qu’à toutes les problématiques liées à la mobilité, que ce soit du covoiturage ou de la recherche pour des véhicules plus propres. Autant de secteurs dont nous pensons qu’ils correspondent à un mieux-vivre pour nos contemporains.

dd.com : En quoi consistera l’un de vos prochains projets, le système d’échange de services non-monétaires ?

A. P. : C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. J’ai découvert cette initiative, visant à lutter contre la pauvreté, dans le quartier St-Roch de la ville de Québec. Comment y parviennent-ils ? Par des prêts minimes accordés à des gens dans le besoin. De cette initiative à favoriser l’accès aux prêts, ils se sont aperçus que les conditions de remboursement étaient très aléatoires et que dès lors que l’on crée du lien entre les gens et qu’on les responsabilise, dès lors que la relation monétaire disparaît, les gens sont davantage motivés à rembourser. C’est ainsi qu’est donc né le principe de l’accorderie, ce système d’échanges marchands non-monétaires par lesquels des individus, sur un territoire donné, riche d’une vraie mixité sociale, initient des services au profit des autres, et vice-versa.
Prenons un exemple : vous savez coudre mais n’êtes pas conscient de votre valeur. Dès lors que d’autres ont besoin de cours de couture, ils rétablissent votre confiance en vous. Vous commencez donc à leur vendre ces prestations de couture en vous faisant payer… en temps ! Avec ces 3h de savoir que vous avez dispensées, vous « achèterez » 3h de cours d’anglais, de repassage, de déménagement de votre cuisine, de peinture à un autre de vos voisins…

Ce réseau a produit, dans la première accorderie (il y en a maintenant cinq à Québec) un millier de services différents pour atteindre aujourd’hui 800 accordeurs qui échangent, créent du lien entre eux, reprennent confiance et aident à lutter contre la pauvreté.

Ce projet, nous avons décidé de le transposer en France. Nous avons tout d’abord travaillé sur une étude d’opportunité dans le 19e arrondissement de Paris qui a révélé que trois structures locales étaient intéressées. Nous avons sélectionné celle qui nous paraissait la plus à même de mener le projet, en l’occurrence la régie de quartier du 19e arrondissement. Nous allons donc, à partir du 1er janvier, expérimenter ce projet d’accorderie dans les conditions du réel pendant six mois et si l’expérience est concluante, nous essaimerons le concept. Je me plais à croire que toutes les villes pourraient être dotées de ce type d’initiatives.

dd.com : Ce système d’échange de savoirs n’est pourtant pas nouveau…

A. P. : Les SEL (systèmes d’échanges locaux) ont été inventés en France il y a 20 ans. Sauf qu’à la différence de l’accorderie, ils n’avaient pas pour objectif de répondre à la pauvreté mais se situaient plutôt dans une démarche d’autogestion. Dans le système que nous mettons en place à Paris, l’ensemble du dispositif est géré par une vraie infrastructure, le projet ne relève pas que de l’autogestion.

dd.com : Ce système d’échange de services non-monétaires reflète bien l’aspiration des Français à un réel retour aux valeurs essentielles…

A. P. : Je crois très sincèrement à l’émergence de cette nouvelle société. L’idée peut paraître un peu simpliste mais c’est une réelle demande qui émane de la population. Les gens sont demandeurs de ce changement, ils réclament une économie davantage tournée vers les gens et vers l’environnement. C’est vraiment ce vers quoi l’économie sociale devrait également se tourner.

Propos recueillis par Albane WURTZ

Pour en savoir plus : le site de la Fondation Macif

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