André Ollivro, porte-parole de l'association « Halte aux marées vertes »
|
|
Depuis l’été dernier et la mort d’un cheval sur la plage de St Michel-en-Grève, la polémique sur les algues vertes fait rage. Condamné pour prolifération des algues vertes à verser des indemnités aux associations environnementales, l’Etat doit également procéder au nettoyage des plages polluées où s’amoncellent ces amas d’algues en décomposition hautement toxiques. André Ollivro, ancien ouvrier de Gaz de France (GDF), se bat depuis dix ans pour tenter de faire établir la toxicité de ces algues. C’est maintenant chose faite. Mais alors qu’au début, les prises de position agaçaient, aujourd’hui, les élus l’écoutent. Fondateur et porte-parole de l’association Halte aux marées vertes, André Ollivro évoque son combat et le courage qui l’anime…
Developpementdurable.com : Le phénomène des algues vertes n’est pas nouveau. Depuis quand le constatez-vous ?
André Ollivro : Depuis 1968. Quand j’ai construit mon bungalow à Hillion, sur la plage de la granville, j’y ai invité des amis d’enfance. En revenant d’une balade en bateau, je me rends soudainement compte que de la « salade » recouvre une part importante de sable. Croyez-moi, j’ai eu honte devant mes amis qui venaient découvrir la Bretagne.
A l’époque, nous ignorions pourtant que ces algues pouvaient être toxiques. Quelques années plus tard, certains se sont mis à émettre des hypothèses : les phosphates, qui provenaient des lessives des lavoirs alentour, seraient responsables des algues vertes. Nous, propriétaires de petits cabanons en bord de mer serions responsables de cette pollution ! Peu de temps après, par précaution, mon bungalow fut relié au tout-à-l’égout collectif.
dd.com : Depuis quand le phénomène a-t-il pris de telles proportions ? Pourquoi ne se mettent-elles à tuer que depuis quelques années ?
A.O : Les animaux meurent des effets des algues vertes depuis le début des années 80. Quand ils creusaient la surface, comme les oiseaux par exemple, ils s’asphyxiaient immédiatement. J’ai également retrouvé la personne en charge du ramassage des algues vertes. Il est maintenant en retraite mais m’a avoué avoir eu les yeux brûlés.
Pour ma part, je connaissais la dangerosité des algues vertes depuis longtemps. A l’époque où je travaillais au centre de recherche de GDF à St Denis (93), j’avais fait analyser quelques algues vertes. Je savais pertinemment qu’elles étaient toxiques mais j’en ignorais la gravité. Mes collègues analystes m’ont immédiatement prévenu qu’il ne fallait pas mettre ses mains à la bouche après avoir touché les algues vertes, pour éviter des irritations ou des maux de ventre.
A l’époque, il y a 20 ans, j’avais prévenu la mairie d’Hillion qui m’avait alors pris pour un Parisien donneur de leçons. Quand j’ai été désigné représentant des associations au sein du Parlement de l’Eau, j’ai expliqué les dégâts, j’ai montré l’ampleur de la situation et j’ai dévoilé les résultats d’analyses que j’avais effectuées. Là encore, ils m’ont pris pour un « demeuré ». Les services concernés ont pourtant diligenté une contre-expertise qui a effectivement démontré que les algues vertes étaient bien toxiques mais uniquement à partir d’une certaine concentration et d’une certaine température. Selon eux, ces conditions n’étaient résolues qu’en laboratoire. Je me suis donc doté d’un thermocouple et j’ai constaté qu’effectivement, la fermentation en bord de mer faisait grimper la température autour des 45 degrés. Les conditions en milieu réel étaient donc bien réunies. Chantal Jouanno a, depuis, fait procéder aux analyses qui confirment que les concentrations sur les plages sont bel et bien toxiques.
dd.com : Selon vous, qui porte la responsabilité de ce phénomène ?
A.O : L’agriculture intensive. Les agriculteurs ne sont que les victimes d’un procédé dans lequel l’Etat les a mis depuis 1944 et le plan Marshall. Différents rapports de l’Ifremer ont prouvé que les nitrates provenaient à 95 % de l’agriculture intensive et les phosphates à 50 %. Pour éradiquer le phénomène, Le Tribunal administratif confirmé par la Cour d’Appel de Nantes a imposé une concentration en nitrates qui ne dépasse pas 5mg de la source à la mer. Actuellement, les niveaux sont plus proches des 50mg !
De manière générale, je constate que les gens commencent à prendre conscience que l’agriculture intensive n’est pas une solution et qu’elle a crée toutes ces nuisances, ces risques sanitaires mais qu’elle a participé aussi à la destruction de la biodiversité et de l’image de la Bretagne. Même le journal l’Humanité qui jusqu’à présent couvait l’affaire avoue qu’il faut changer de type d’agriculture en Bretagne.
Les élus locaux ont aussi une part de responsabilité. C’est facile de reporter la faute sur le gouvernement mais ce sont les élus locaux qui acceptent les extensions d’élevages, qui donnent des permis de construire et qui n’appliquent pas la directive Bruxelles de 2015 sur le bon état écologique de l’eau. Ainsi, ils se fourvoient et deviennent indirectement responsables des conséquences auxquelles nous assistons aujourd’hui.
Je pense qu’il faut absolument aider les agriculteurs à moins polluer. Ils comprendront très vite, et certains le savent déjà, qu’ils sont obligés de se reconvertir vers d’autres pratiques plus nobles et plus durables qui leur coûteront moins cher et qui leur offriront des productions beaucoup plus satisfaisantes pour les consommateurs, pour l’eau et pour l’air. D’autant que l’agriculture intensive est très consommatrice de plantes fourragères, deux fois plus que pour un élevage « durable ».
dd.com : Une grande partie des agriculteurs bretons semble vouloir en finir avec les algues vertes. Un nouveau comité pour une agriculture positive a vu le jour récemment et propose un plan d’actions de 60 millions d’euros sur cinq ans. Etes-vous confiant ?
A.O : Bien sûr ! Cette bataille, que je mène depuis dix ans, depuis ma retraite, n’est pas vaine. Les agriculteurs ont pris conscience de la nécessité du changement. Le fait que le gouvernement se soit engagé à venir à St Michel-en-Grève, qu’il ait reconnu le danger sanitaire et que nous, les associations, ayons gagné notre procès, concourt à ce que les agriculteurs et les corporations aient envie d’amorcer un virage vers des pratiques convenables.
dd.com : Vous êtes retraité de GDF. Comment avez-vous été atteint par la fibre écologiste ?
A.O : Je milite farouchement contre toute forme d’aliénation. De plus, e suis le « père » de la chaudière à condensation. Au sein de GDF, nous avions la volonté de servir le public au moindre coût et de la façon la plus efficace qui soit. Au cours d’une mission sur l’entraînement d’air de basse à moyenne pression, je me suis rendu compte qu’il était possible d’augmenter le rendement des appareils de 80 à 95 % en récupérant la chaleur latente des produits de combustion.
D’autre part, j’ai construit mon petit cabanon que j’ai d’abord délaissé, trop troublé par les algues vertes. A la retraite, j’y suis revenu. Mais un jour mon petit-fils m’a dit qu’il adorait venir mais que l’odeur le gênait beaucoup. Il ne comprenait pas pourquoi je ne me battais pas. J’ai donc décidé de prendre le problème à bras le corps. Ayant adhéré aux Verts, je me suis vite rendu compte que les algues vertes n’étaient pas leur cheval de bataille favori. J’ai donc décidé de fonder l’association « Halte aux marées vertes », une association d’actifs qui proposent des solutions.
Je me bats maintenant pour produire du biogaz à partir des algues vertes et je suis certain qu’un jour, le procédé naîtra. L’avantage de la méthanisation, c’est la valorisation mais aussi le raffinage. Je trouve dommage que certains écologistes ne veulent pas en entendre parler alors que les agriculteurs trouvent l’idée séduisante. Ils n’en peuvent plus de voir Veolia déverser des déchets urbains et des boues de stations d’épuration sur les champs.
dd.com : La décharge d’Hillion doit rouvrir après que la mairie a procédé à sa fermeture. Qu’en pensez-vous ?
A.O : La mairie n’a pas motivé sa décision, elle a fermé la décharge par précaution sanitaire. Or, il aurait fallu qu’elle justifie la fermeture par un constat d’huissier et qu’elle fasse valoir que la décharge se situe sur une zone humide. Si nous avons gagné le procès des algues vertes, c’est aussi parce que nous avons fait appel à des huissiers. Laissez-moi vous donner un exemple des ravages causés par cette décharge. J’ai deux amis agriculteurs qui font beaucoup d’efforts pour ne pas polluer. Celui qui se trouve le plus proche de la décharge a des taux de nitrates de l’ordre de 110 mg alors que l’autre, 1 km plus loin, n’est qu’à 2 mg. Des précautions doivent être prises vis-à-vis des riverains et des ramasseurs d’algues vertes. Des aires de stockage conformes aux règles de bon sens doivent également être établies.
dd.com : Avant de refuser, vous aviez été choisi pour faire partie de la liste « Nous te ferons Bretagne » pour les élections régionales, quelle aurait été votre première mission ?
A.O : Je pense que la mission essentielle, c’est d’informer la population sur les risques. Les médecins de la région constatent, mais ne veulent pas l’ébruiter, un nombre croissant de rhinites, d’infections respiratoires et d’allergies. Il faut savoir que lorsque les algues se décomposent, d’infimes parties sont portées par les vents et atterrissent à plusieurs centaines de mètres des plages.
J’aurais également développé la recherche. Sur les algues vertes elles-mêmes mais aussi sur la teneur des eaux. Je trouve essentiel de procéder à des analyses systématiques de l’eau des rivières et du littoral. Pour arriver à dépolluer, il faut d’abord savoir ce que contiennent ces eaux.
Ensuite, j’aurais fait en sorte que les objectifs assignés par la justice (passer de 50 à 5 mg de nitrates par litre d’eau), qui sont exceptionnels, soient respectés. J’aurais également veillé à ce que soient établis des plans d’action et de gestion durables (PAGD) qui prendraient en compte la réalité économique du secteur.
dd.com : La mission interministérielle sur les algues vertes doit rendre ses conclusions prochainement. Qu’en attendez-vous ?
A.O : Nous souhaitons qu’ils rappellent les règles de droit et surtout qu’ils donnent les moyens financiers aux préfectures et aux services techniques de l’Etat pour qu’ils puissent agir. J’ai par exemple récemment découvert que seules deux personnes sont assignées à l’établissement et au respect des normes agro-environnementales dans les Côtes d’Armor. Même les représentants de la FNSEA réclament plus de moyens et d’implication. Nous souhaitons également que le gouvernement oriente les mesures de la PAC s’orientent vers plus de respect environnemental. Nous voulons aussi qu’il impose la méthanisation et le raffinage des déchets.
dd.com : Les menaces et les actions d’intimidation dont vous êtes souvent victime vous découragent-elles parfois de continuer ? Pourquoi certains agriculteurs vous en veulent-ils à ce point ?
A.O : Je suis effectivement de temps en temps découragé. J’ai heureusement pour moi la conviction que nous allons dans le bon sens. La prise de position de l’Etat a connu un virage extraordinaire, c’est historique. L’encouragement provient aussi des médias. Je tire d’ailleurs mon chapeau à France3 qui d’emblée nous a suivis dans notre action.
Nous irons de bataille en bataille jusqu’à la victoire. C’est vrai, c’est harassant mais nous nous apercevons que les agriculteurs ont la volonté de changer, de reprendre en main leur territoire. Au bout du compte, la Bretagne redorera son blason et retrouvera l’image d’une agriculture nourricière, libérée de l’agro-business. C’est un combat d’idées qui prendra du temps et qui veut atteindre une prise en compte des capacités de la Bretagne à gérer elle-même ses contradictions.
C’est vrai, je ne m’attire pas toutes les sympathies. Plusieurs fois, j’ai été obligé de déménager. Je suis certain que ces menaces proviennent d’agriculteurs mais aussi d’élus qui n’acceptent pas mes prises de position. J’ai eu, entre autres expériences, un pylône au fond de mon jardin. Autre mésaventure : les demandes de ma femme pour obtenir un local où installer sa brocante traînaient parfois en longueur. Ce sont certes des réactions épidermiques mais je ne vous cache pas qu’il m’arrive de pleurer.
Pour tout savoir, consultez le site de l'association Halte aux marées vertes
Propos recueillis par Albane WURTZ
Ils en parlent sur le forum !
Rechercher un éco-acteur
Interviews
Veit Stratmann
« Une Colline » : un projet artistique pour transmettre aux générations futures les informations sur l’existence des sites de stockage des déchets radioactifs
...
Benoit Paget
« Le collecteur de déchets boissons Canibal incite les consommateurs au geste du tri par le jeu »
...
Christophe Roturier
« Si les agriculteurs arrivent à vivre dignement de leur travail, ils deviendront les premiers protecteurs de l’environnement »
...
Marine de Bazelaire
« Nous affirmons que si nos clients n’investissent pas dans les secteurs de l’économie décarbonée, ils se privent d’un potentiel de performance important »
...
sujets des internautes
Engagement breton versus compromissions parisiennes, un jour dans l’histoire du solaire français
27 / 07 / 2011
Warning: file_exists() [function.file-exists]: open_basedir restriction in effect. File(/home/www/vhosts/developpementdurable.com/gfx/userArticles/smallThumbs/293.gif) is not within the allowed path(s): (/var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs:/tmp) in /var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs/includes/front/block.sixUserArticles.inc.php on line 115
Mercredi 20 juillet se sont télescopées deux actualités solaires en France. D’un côté, ...
- Catégorie :
- Insolite
- Auteur :
- Héloïm Sinclair
La transition énergétique, un axe fort du projet socialiste 2012
20 / 07 / 2011
Warning: file_exists() [function.file-exists]: open_basedir restriction in effect. File(/home/www/vhosts/developpementdurable.com/gfx/userArticles/smallThumbs/292.gif) is not within the allowed path(s): (/var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs:/tmp) in /var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs/includes/front/block.sixUserArticles.inc.php on line 115
L’on ne peut que déplorer que les élections soient devenues un casting pour bêtes politiques, un bal ...
- Catégorie :
- Politique
- Auteur :
- Héloïm Sinclair
Le gouvernement lance une étude sur la sortie du nucléaire, pour mieux y rester
13 / 07 / 2011
Warning: file_exists() [function.file-exists]: open_basedir restriction in effect. File(/home/www/vhosts/developpementdurable.com/gfx/userArticles/smallThumbs/291.gif) is not within the allowed path(s): (/var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs:/tmp) in /var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs/includes/front/block.sixUserArticles.inc.php on line 115
Le 8 Juillet, le ministre de l’Energie et de l’Industrie français, Eric Besson, était l’invité ...
- Catégorie :
- Politique
- Auteur :
- Héloïm Sinclair
« La vérité sur le nucléaire, le choix interdit », un pavé dans la mare atom'cratique
06 / 07 / 2011
Warning: file_exists() [function.file-exists]: open_basedir restriction in effect. File(/home/www/vhosts/developpementdurable.com/gfx/userArticles/smallThumbs/290.gif) is not within the allowed path(s): (/var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs:/tmp) in /var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs/includes/front/block.sixUserArticles.inc.php on line 115
Avec son dernier ouvrage « La vérité sur le nucléaire, le choix interdit », Corinne Lepage jette ...
- Catégorie :
- Politique
- Auteur :
- Héloïm Sinclair
24ème rencontres des acteurs de l'éducation à l'environnement
29 / 06 / 2011
Warning: file_exists() [function.file-exists]: open_basedir restriction in effect. File(/home/www/vhosts/developpementdurable.com/gfx/userArticles/smallThumbs/287.gif) is not within the allowed path(s): (/var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs:/tmp) in /var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs/includes/front/block.sixUserArticles.inc.php on line 115
Rendez-vous du 24 au 26 aout 2011 à Préfailles (Loire Atlantique), sur le thème de la cohérence entre ...
- Catégorie :
- Environnement
- Auteur :
- sebastien.froger
Alter Eco Festival : vendredi 10 juin au Cabaret Sauvage !
08 / 06 / 2011
Warning: file_exists() [function.file-exists]: open_basedir restriction in effect. File(/home/www/vhosts/developpementdurable.com/gfx/userArticles/smallThumbs/286.gif) is not within the allowed path(s): (/var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs:/tmp) in /var/www/vhosts/developpementdurable.com/httpdocs/includes/front/block.sixUserArticles.inc.php on line 115
Fort du succès de sa première édition, Alter Eco organise le deuxième Alter Eco Festival à ...
- Catégorie :
- Conso
- Auteur :
- altereco














Notez cet article