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Robin Ucelli, président de Photosol

Date de l'interview :
09 / 12 / 2009
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Note :
Note : 3/5
Robin Ucelli
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Après un début de carrière d’analyste financier chez PriceWaterhouseCoopers, Robin Ucelli rejoint en 2006 la direction des engagements de General Electric Real Estate France. L’occasion pour lui de découvrir et d’étudier le secteur naissant des énergies renouvelables. Deux ans plus tard, il fonde, avec deux associés, Photosol, société spécialisée dans la création d’installations photovoltaïques au sol ou en toiture. Ainsi qu’une holding, Photosol Invest, qui offre une belle opportunité pour tous les contribuables français désireux d’œuvrer pour le développement durable…


Developpementdurable.com : Le slogan de Photosol Invest, « Donnez de l’énergie à vos impôts », résume bien la spécificité de votre société d’investissement. De quel type d’entreprise s’agit-il ?

Robin Ucelli : Photosol Invest est une holding IR (impôt sur le revenu) animatrice développée par Photosol qui permet aux investisseurs, dans le cadre de la loi Dutreil, de bénéficier d’une défiscalisation de l’impôt sur le revenu à hauteur de 25 % du montant investi. Autrement dit, s’ils investissent 100 euros, ils pourront déduire 25 euros de leurs impôts. L’idée est à la fois d’investir sur des supports photovoltaïques et, en même temps, de bénéficier d’un avantage fiscal. Puis de le combiner avec la rentabilité intrinsèque de chaque projet.

dd.com : Celle-ci a un statut qui lui confère des atouts particuliers. Lesquels ?

R. U. : C’est une société holding animatrice, différente des autres holdings IR créées cette année : elle a la particularité d’animer et de diriger un groupe, par opposition à la société holding passive qui est simplement une coquille à travers laquelle les fonds transitent pour être investi dans les projets en aval. Notre société, elle, récupère les fonds et les investit dans des sociétés de projets qui ont une stratégie commune (définie par la holding). Ainsi, quand vous investissez dans une société holding animatrice, le réceptacle de l’investissement, la société opérationnelle véritable dans laquelle les fonds sont investis, c’est la holding animatrice. Dans une holding passive, au contraire, les fonds sont investis dans les sociétés d’exploitation. Or l’abattement de 25 % porte sur l’investissement dans les sociétés opérationnelles. Et la prime d’émission, qui est de 5 % chez Photosol Invest, bénéficie de cet avantage fiscal.
Le second avantage, certainement encore plus important, c’est la possibilité d’investir en 2009, mais également en 2010, dans les sociétés de projets. Ce qui laisse le temps à l’investissement. Pour 2010, nous allons attendre que les projets soient autorisés avant d’y injecter des fonds. Les deux autres holdings photovoltaïques sur le marché investissent dans des sociétés qui n’ont pas l’intégralité des autorisations. Avec Photosol Invest, les risques liés au développement sont exclus.

dd.com : Les investissements doivent-ils être forcément importants pour devenir fiscalement intéressants ?

R. U. : Mettre sur pied une holding, cela a un certain coût : frais de prestataires de services d’investissement, d’avocat, dépenses liées à l’AMF (Autorité des marchés financiers),... Il faut donc un montant levé significatif pour les amortir. Nous estimons ainsi la levée minimum nécessaire à un million d’euros. Mais investir davantage n’aura pas d’impact sur l’avantage fiscal.

dd.com : Votre période de souscription prend fin le 15 décembre. Jusqu’à présent, a-t-elle démontré un engouement des Français pour l’investissement dans les énergies renouvelables ?

R. U. : Deux choses intéressent les Français : d’une part, d’un point de vue économique, nous travaillons sur des projets qui ont beaucoup de lisibilité. Le business-plan dure 20 ans, l’ensoleillement est statistiquement connu, le tarif de rachat de l’électricité est garanti par EDF et croît avec le temps (il est indexé),… il y a en fait une sécurité du modèle économique qui attire aujourd’hui, et qui rassure. C’est très important après la douche froide subie par les investisseurs ces deux dernières années. Si on ajoute à cela la petite cerise fiscale, le photovoltaïque est un domaine qui plaît énormément.
Nous nous sommes également aperçus, en discutant avec les souscripteurs finaux, qu’ils appréciaient beaucoup faire un geste citoyen et responsable.

dd.com : Avant que Photosol Invest n’investisse, Photosol développe les projets. Puis cette dernière les exploite. Présentez-la nous, ainsi que ses liens avec la première.

R. U. : Photosol est une société de développement de projets photovoltaïques qui a été créée en juillet 2008 avec trois associés fondateurs : Ivan Bénichou (PDG de Photosol Invest), ex-directeur Financier de Cogetherm, la filiale « cogénération » d’EDF, et ancien vice-président exécutif d’EDF Energies Nouvelles ; David Guinard (directeur général de Photosol), qui était auparavant gestionnaire de fonds chez Allianz dans le domaine des investissements socialement responsables ; et moi-même, qui travaillais à la direction des investissements chez General Electric Real Estate France. L’équipe a ensuite grandi, avec notamment l’arrivée d’Antoine Dubos, responsable des relations avec les collectivités et urbaniste, et Matthieu Crappier, responsable du développement, qui est en charge de la partie technique : relations avec les constructeurs, les installateurs,…
Développer des projets photovoltaïques, c’est obtenir des autorisations pour construire une centrale. Le temps de développement est long : il faut compter environ un an et demi. Ainsi, depuis juillet 2008, nous consacrons une grande partie de notre temps à l’obtention de ces autorisations. Le risque est important : chaque projet nécessite 100 000 euros d’étude, et nous ne pouvons pas prévoir les oppositions, parfois au dernier moment, d’un préfet ou d’une administration. Cela dit, ce risque est intégralement pris par Photosol, sur ses fonds propres.
Une fois les autorisations obtenues, Photosol crée une société d’exploitation par projet. Intervient alors Photosol Invest qui investit. Autrement dit, le risque de développement, qui est le véritable risque du métier photovoltaïque, est totalement exclu de l’investissement. Photosol Invest est en quelque sorte le bras financier de Photosol, mais il n’y a aucun lien capitalistique entre les deux.

dd.com : Pourquoi avoir choisi de développer le solaire photovoltaïque plutôt qu’une autre énergie renouvelable ?

R. U. : Le secteur éolien est plus ou moins mort : les meilleurs sites sont déjà occupés, les associations environnementales et la population sont chaque jour plus réticentes aux projets. La biomasse, elle, n’est pas encore rentable en France. Quant au solaire à concentration, il est limité à l’extrême-Sud du pays, à l’Espagne, ou à l’Italie. A l’inverse, en juillet 2008, de nombreux acteurs ont commencé à se positionner sur le marché du solaire photovoltaïque, attirés notamment par les tarifs de rachat. Les collectivités et les administrations s’y sont intéressées, la population aussi. Un ensemble de conditions favorables nous ont fait penser que l’engagement dans ce domaine était judicieux.

dd.com : Pourtant certains accusent les centrales solaires d’occuper la place des cultures agricoles, ou de remplacer les forêts. Qu’en pensez-vous ?

David Guinard (directeur général de Photosol) : Dès le départ, lorsque nous avons créé la société, nous avons décidé de nous développer sur des terres qui n’avaient pas d’autres vocations, ni écologiques, ni économiques. Donc idéalement les friches industrielles, les terrains pollués, ou encore les anciennes carrières. Ce qui est toujours notre politique.
Mais rapidement, nous avons été contactés par de nombreux agriculteurs qui voulaient participer au développement durable, et aussi bénéficier de la manne financière que représente le photovoltaïque. Certains connaissaient en effet des situations de crise et souhaitaient percevoir un revenu supplémentaire lié à l’installation de panneaux solaires. L’un d’entre eux, par exemple, avait été obligé de mettre en friche un terrain de 80 hectares, et nous avait expliqué que seuls 20 hectares consacrés à une centrale lui permettraient de reprendre son activité sur les 60 restants. Cela avait remis en cause notre position, mais nous n’étions pas en train de nuire à l’agriculture, au contraire : nous permettions aux agriculteurs en difficulté de récupérer leur exploitation !
Nous avons alors décidé de faire travailler un cabinet spécialisé en agronomie et en développement durable sur ce sujet, histoire de faire le point… et nous avons fait deux constats : d’abord, le chiffre de 120 000 hectares de terrains agricoles qui disparaissent chaque année, une donnée inquiétante mais bien réelle, n’est pas imputable à l’installation de centrales solaires. La moitié est en fait due à l’urbanisation. Le reste devient des friches agricoles, est racheté par des propriétaires non-exploitants, ou est reboisé. Certaines associations se plaignent d’une déforestation causée par le photovoltaïque, mais il faut savoir que la France ne connait pas de déficit de boisement, au contraire.
Et si on fait une estimation de l’impact que pourrait avoir le photovoltaïque en France, au regard de l’objectif du Grenelle de l’environnement qui est de 5,4 gigawatts à l’horizon 2020, et en se disant que 100 % de ces installations se feront sur des terrains agricoles, cela ne représente même pas 2 % (près de 15 000 hectares) des 120 hectares qui disparaissent chaque année ! Ce n’est rien ! D’autant qu’environ 900 000 hectares sont exploités dans l’Hexagone pour produire des agrocarburants ! Et pour la petite histoire, couvrir cette surface avec des panneaux solaires permettrait de fournir 100 % des besoins de la France en électricité.
Second constat, sur lequel se penchent attentivement les chambres d’agriculture : le photovoltaïque permet une double utilisation de la terre. C’est-à-dire que sous les panneaux, il est tout à fait possible de conserver une activité agricole avec les mêmes rendements. Le procédé existe et fonctionne très bien en Allemagne depuis maintenant 10 ans. Nous souhaitons ainsi sincèrement que l’agriculture et l’énergie cohabitent intelligemment.

dd.com : Quels sont vos projets pour demain ?

Robin Ucelli : Nous allons déjà réaliser nos premières centrales en 2010, et notamment la toute première, sur un centre de stockage de déchets ultimes près d’Alès. Il s’agira de 15 hectares d’installations qui ne perturberont pas l’activité du site. Un second projet sera mené à bien dans la même période au Nord du Lot : sur un terrain de causse de 23 hectares, nous installerons environ 10 MW qui pourront couvrir les besoins d’environ 12 000 personnes. Aujourd’hui, aucune centrale de cette puissance n’existe en France.
Côté Photosol Invest, nous allons poursuivre les levées en 2010 pour financer ces projets.


Site web de Photosol

Site de Photosol Invest


Propos recueillis par Yann Cohignac

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