Sandrine Bélier, tête de liste Grand Est d’Europe Ecologie
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Sandrine Bélier, juriste de l’environnement et des droits de l’homme, a participé au Grenelle en qualité de représentante de France Nature Environnement (FNE), avant de devenir directrice fédérale de l’association. Puis fin 2008, la militante décide de quitter sa fonction pour s’engager en politique et rejoindre Europe Ecologie. Elle est tête de liste dans le Grand Est.
Developpementdurable.com : Quelles sont les actions primordiales à mettre en œuvre pour une relance verte de l’économie ?
Sandrine Bélier : Ce que nous portons n’est pas une relance mais une transformation de l’économie par l’écologie. On ne relance pas la machine jusqu’à la prochaine crise, on change le mécanisme ! Ce changement, c’est ce que nous portons avec Europe Ecologie. Une transformation qui passe par une réponse à la fois économique, sociale et environnementale à une crise qui intègre elle aussi ces trois impératifs. On ne peut pas résoudre la crise financière et économique sans prendre en compte sa dimension sociale et écologique. C’est cela que les partis traditionnels refusent de comprendre. Un coup de peinture verte ne suffira pas à nous sortir de la crise. Sortir de la crise nécessite une politique ambitieuse, courageuse et volontaire. Cela suscite des choix politiques forts comme ceux que nous portons.
dd.com : Pensez-vous que l’écologie soit un levier efficace pour intéresser les Français aux élections européennes ?
S. B. : La question ne se pose pas ainsi. L’objectif d’Europe Ecologie ne se résume pas à intéresser les Français aux élections européennes, il est de leur expliquer que les réponses à la conjonction des crises sont écologiques et européennes ! On n’est pas dans le grand spectacle, on est dans l’urgence environnementale, sociale, économique à laquelle il nous appartient d’apporter des solutions intégrées et durables pour tous.
Et puis qui vous dit que les Français ne s’intéressent pas à l’Europe ? Si tout le monde, médias et politiques avait fait le même travail de terrain que celui qui a été le nôtre au cours des cinq derniers mois, s’ils s’étaient investis au cours de chacune des mandatures du Parlement européen comme se sont investis des élus verts comme Gérard Onesta, peut-être que le taux d’abstention annoncé serait moindre. En cinq mois de campagne, je n’ai pas vu des gens inintéressés, bien au contraire. J’ai vu des gens en attente de réponses et particulièrement soucieux et curieux de comprendre comment, depuis le Parlement européen, il était possible de porter des solutions de sortie de crise ; comment il était possible de changer nos modes de pensée et d’action, comment il était possible de leur apporter des solutions pour améliorer leur quotidien. Les citoyens attendent des réponses et des solutions. Et c’est là ce que nous portons : un programme en neuf piliers, contenant chacun trois propositions très concrètes, sur lesquelles des députés européens peuvent s’engager, à même de créer 10 millions d’emplois en cinq ans, de leur offrir un meilleur cadre de vie, une meilleure alimentation, etc... Cela passe par de véritables propositions en matière d’emploi, agriculture, santé, biodiversité, droits sociaux, droits humains, éducation, recherche, lutte contre les paradis fiscaux, souveraineté alimentaire… Pas par un plan de communication ou par un tour de chauffe pré-présidentiel totalement hors de propos à cette heure, mais par des propositions concrètes à même d’être mises en place rapidement à l’échelle européenne et qui auront des effets dans leur vie de tous les jours. Et nous avons un autre défi : la rapidité de mise en œuvre de ces mesures. Par crise, il faut entendre urgence, tant sur le plan environnemental qu’économique ou social. Celles et ceux touchés par l’urgence sociale et économique n’ont pas le luxe d’attendre. La planète, la sauvegarde de notre patrimoine naturel non plus. C’est aujourd’hui qu’il nous faut agir et sans attendre. Et au niveau européen.
dd.com : Vous avez mené les travaux du Grenelle sur « la nouvelle démocratie écologique ». Où en sont les avancées à l’heure actuelle ?
S. B. : On s’est battu sur de nombreux points, parmi lesquels la reconnaissance des associations représentatives de protection de l’environnement, le statut de l’élu associatif, l’amélioration de l’information et de la participation du public au processus décisionnel, la réforme des Conseils économiques et sociaux régionaux et national dont ce dernier est depuis devenu le Conseil économique, social et environnemental avec la dernière révision constitutionnelle, mais peine à y introduire de façon représentative les intérêts environnementaux. Nous y avons aussi défendu la création de Chambres régionales de l’environnement ou encore le développement de l’éducation à l’environnement. Il s’agissait d’instaurer le dialogue environnemental, un dialogue permanent entre les représentants des intérêts économiques, sociaux, environnementaux et les pouvoirs publics. Nous n’avons pas tout obtenu, mais nous ne nous attendions pas à ce que la classe politique, en sus, de peiner à suivre dans la mise en œuvre des conclusions du Grenelle, en arrive à opérer des régressions plus qu’inquiétantes. Le gouvernement est actuellement en train de revenir sur toute une série d’avancées obtenues de haute lutte par la société civile au cours de ces dernières décennies. Je pense notamment à la loi de 1976 sur les ICPE en instaurant un régime simplifié dit 3ème régime, je pense à la loi de 1983 sur les enquêtes publiques en prévoyant l’abandon de la phase de consultation du public sur un certain nombre de projets d’aménagements, je pense aux annonces de Nicolas Sarkozy de rendre constructibles des zones inondables ou encore de soustraire au permis de construire les habitations en bois... Le projet de loi Grenelle 2 est très en retrait par rapport aux conclusions et à l’esprit du Grenelle, voir en opposition, sur les questions de gouvernances et de démocratie écologique. Bref tout cela est plus que décevant, et ne laisse rien présager de bon.
dd.com : Comment, en tant qu’élue européenne, pensez-vous pouvoir faire de la biodiversité un combat essentiel ?
S. B. : Mais ce combat est déjà essentiel ! Il tient en une phrase : sans nature pas de futur. La biodiversité intervient dans tous les champs de la vie. Le nouveau modèle économique que nous portons avec Europe Ecologie et qui suppose des mutations radicales participe et est nécessaire, bien entendu pour répondre et stopper la crise de la biodiversité que nous connaissons aujourd’hui et qui est sans précédent dans l’histoire de l’humanité, au point que l’on parle de « 6ème extinction ». Parce que la préservation de la nature et de la biodiversité est un enjeu de société majeur, tant pour la réduction de la pauvreté, l'approvisionnement en eau potable, les conflits liés à l'utilisation et à l'appropriation des ressources naturelles, que pour la santé. La diversité du monde vivant répond aux besoins de la société en alimentation, chauffage (combustibles) vêtements (lin, coton, laine, soie…), soins (plantes médicinales), qualité de l’air et de l’eau, fertilité des sols et éléments nutritifs…. Outre cette valeur d'usage, la biodiversité offre une valeur potentielle, avec la possibilité qu'au sein des millions d'espèces restant à découvrir et à analyser, on trouve le gène ou la molécule susceptible de résoudre un problème actuel ou futur. Elle présente également une valeur sociale et culturelle à travers les activités de loisirs (pêche, tourisme…) ou par le plaisir qu'éprouvent les millions d'observateurs de la nature (ornithologues, entomologistes amateurs).
Si les écosystèmes atteignent le point de non-retour, les dégâts seront irréversibles. Dans l’Union européenne, ce déclin se manifeste déjà sous la forme de l’effondrement des stocks halieutiques, de l’appauvrissement des sols, de dégâts dus aux inondations et de la disparition de la vie sauvage.
L’Etat d’urgence doit-être déclaré ! C’est maintenant qu’il faut agir et cesser d’exploiter la planète en intégrant la biodiversité dans toutes les politiques sectorielles : infrastructures de transport, urbanisme, agriculture, pêche ; en soutenant de meilleures pratiques agricoles et les initiatives en faveur d’une nouvelle agriculture durable sur le plan économique, social et environnemental ; en modifiant notre politique et notre consommation énergétique ; en lançant un programme mondial de grands travaux de génie écologique consacrés à la préservation, à la restauration et à l'entretien des écosystèmes (sols, mers, pêcheries, fleuves, forêts, prairies, savanes, zones humides, nappes phréatiques, glaciers, littoraux... qui sont autant de biens communs) ; en changeant nos habitudes de consommation…
Il faut bien garder en tête que de la qualité de la biodiversité dépend la qualité de notre vie actuelle et future – l’état de la biodiversité est un miroir de l’état de l’humanité. L’un des grands chantiers des années à venir sera de réconcilier l’homme avec la nature. Il sera important, sinon essentiel, de créer une trame verte et bleue européenne, de poursuivre le travail engagé avec Natura 2000, d’obtenir une directive cadre sur les sols, réglementant l’aménagement du territoire européen en termes d’infrastructures, d’urbanisation et de sols dédiés à l’agriculture. Il sera important en 2010 dans le cadre du nouveau plan de lutte européenne contre la perte de la biodiversité d’être particulièrement exigeant sur les nouveaux objectifs et les moyens alloués pour les remplir au plus vite.
Biodiversité et développement économique ne sont pas antagonistes, ils sont conciliables et interdépendant à moyen et long terme et c’est un message que je ne manquerai pas de porter au Parlement européen – et au-delà.
dd.com : Vous dites que la crise financière et économique sert d’écran et de prétexte à retarder les chantiers nécessaires à la sauvegarde de la biodiversité. Pourtant, tous les partis semblent unanimes sur ce sujet. L’écologie ne transcende-t-elle pas les clivages politiques ?
S. B. : Soyons clairs : un coup de peinture verte ne suffira pas. Bien évidemment que tous les partis vous parleront d’écologie jusqu’à la fin de cette campagne. Mais regardez de plus près leur action… Parlez-moi de l’UMP, du PS, du MoDem, qui siègeront respectivement au sein des groupes parlementaires PPE, PSE et ADLE (libéraux). Parle-t-on bien des mêmes néo-écolos qui, pendant qu’ils nous vantent leur attachement à la planète, ont encore récemment refusé de voter l’éco-conditionnalité au versement de subventions au secteur automobile ? La crise que nous vivons sur le plan de la biodiversité est une crise sans précédent à l’échelle de l’humanité : 39 % des espèces vivant sur Terre sont actuellement menacées de disparition ! Et que nous proposent les partis traditionnels, dont le parti présidentiel ? De définir une compensation financière à la destruction du vivant !? Et si la démarche n’est pas totalement absurde au départ, car elle permet de prendre conscience que ce que l’on détruit a une valeur, cela n’est pas suffisant ! Car cette valeur est littéralement inestimable. Le vivant n’est pas une marchandise, il n’est pas monnayable : vous pourrez donner toutes les compensations financières que vous voudrez, il y a un stade où on ne pourra plus revenir et rétablir ce qui a été détruit. La crise de la biodiversité est véritablement le reflet des limites du système de développement économique.
dd.com : Vous qui agissez en faveur de l’environnement depuis de nombreuses années, comment percevez-vous l’effet de mode de la thématique écologique ?
S. B. : L’écologie est utilisée comme un argument marketing et électoraliste, que je déplore, par les partis traditionnels. Ce qu’ils ont compris est que de plus en plus de citoyens prennent progressivement conscience que les politiques menées ces cinquante dernières années finissent de nous conduire droit dans le mur. Mais je crois qu’ils n’ont pas véritablement mesuré l’ampleur de la crise écologique. Pour vous donner une image, je voudrais partager, avec vous, quelques mots d’un homme qui a marqué mon engagement, il y a plus 10 ans. Saul Alinski, auteur du « Guide de l’animateur social », un des pères de la résistance pacifiste pour les droits civiques, qui, m’a-t-on dit, a inspiré et guidé dans les années 70 un homme qui porte aujourd’hui l’espoir de l’Amérique… Il écrivait dans les années 60 : « De la pollution de l’air à celle de la politique, il n’y a qu’un pas vite franchi. Alors rappelez-vous ceci : une fois que vous aurez réussi à organiser les gens sur un problème aussi banal que la pollution, alors c’est le peuple qui sera en marche ». Les partis traditionnels ont compris cela : que le peuple était en marche. Mais ils n’ont pas compris que le peuple et la planète attendaient autre chose qu’un recyclage de vieilles solutions qui ont prouvé leur inefficacité. Ce qu’ils n’ont pas compris est qu’on ne relance pas un système mort qui repose sur des solutions de courts termes de relance de la production ou de la consommation. Ils n’ont pas compris que l’urgence est la transformation de notre manière de produire et de consommer.
dd.com : Pourquoi pensez-vous pouvoir agir plus efficacement en tant qu’élue européenne plutôt qu’en tant que directrice fédérale de France Nature Environnement ?
S. B. : J’agirai autrement et à une autre échelle. Ces deux modes d’action sont complémentaires. Vous ne pouvez pas les opposer. Le politique a besoin d’une société civile organisée forte et France Nature Environnement joue ici un rôle essentiel. Les associations, elles, ont besoin d’un relais politique fort. C’est cette complémentarité entre le terrain et le décisionnel qui manque dans la mise en œuvre effective du Grenelle de l’environnement. Je souhaite être ce relai et porter à l’échelle européenne tout ce que les associations portent depuis plus de 40 ans et ce que j’ai défendu dans le cadre du Grenelle.
dd.com : Vous avez toujours été très active sur le front de la défense de l’environnement. Pourquoi ne pas vous être engagée en politique avant ?
S. B. : Le déclic a été le plan de relance de fin 2008 présenté par François Fillon. C’est l'absence de relais politique à l’issue du Grenelle et le mépris de l’investissement de notre travail qui m’a convaincu. C’est cela qui m’a fait franchir le pas de l’associatif au politique avec Jean-Paul Besset de la Fondation Nicolas Hulot et Yannick Jadot de Greenpeace. Vous devez comprendre que du Grenelle est sortie une formidable boîte à outils tant pour l’emploi que pour la planète. J’ai sentie la nécessité de porter au plan politique cette boîte à outil… J’ai considéré que l’urgence, l’explosion de la crise financière et économique, les réponses qui y ont été apportées, la perspective du renouvellement du Parlement européen, m’obligeaient à m’engager sur un autre terrain, celui de la politique européenne. C’est là toute l’histoire, tout le sens du rassemblement Europe Ecologie : prendre notre avenir commun en mains et sortir ensemble et durablement de cette crise.
dd.com : Selon vous, quelle est la meilleure définition du développement durable ?
S. B. : Développement soutenable, qui est la véritable traduction de l’expression anglo-saxonne « sustainable developement ». Je la trouve d’ailleurs bien plus parlante. Que lui ajouter d’ailleurs de plus : cette expression, dans sa portée, se suffit à elle-même...
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