Michèle Rivasi, tête de liste Sud-Est d’Europe Ecologie
|
|
Ancienne présidente des Commissions de recherches et d'informations indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) et sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM), Michèle Rivasi est actuellement adjointe au maire de Valence. Egalement ex-députée de la Drôme, elle est candidate dans le Sud-Est pour Europe Ecologie dans cette élection européenne (7 juin).
Developpementdurable.com : Quelle est votre définition personnelle du développement durable ?
Michèle Rivasi : Véritable outil pour une prise de conscience citoyenne responsable, le développement durable est un terme désormais galvaudé. Je préfère utiliser les termes de « sobriété et convivialité » : agir et penser pour quitter la civilisation du toujours plus et choisir le vivre mieux. C’est d’ailleurs le projet que nous portons avec Europe Ecologie : le dépassement d'une approche purement quantitative et économique, une approche qui se borne au « plus » et au « moins ». L'enjeu, ce n'est pas de se centrer, comme les partis traditionnels, sur le PIB, comme seul indicateur. L'enjeu, c'est de reparler du mieux vivre ensemble... Sobriété, partage, convivialité !
dd.com : Voyez-vous des contradictions dans le concept, comme l’affirment les défenseurs de la décroissance ?
M. R. : La crise économique, sociale, climatique, énergétique, prouve l'absurdité du modèle libéral et productiviste dans lequel nous vivons. Ce modèle, il produit gaspillage des ressources naturelles, inégalités sociales et violences symboliques. Il nous faut changer effectivement en profondeur notre façon de pensée et engager une transformation des modes de vie, de production et de consommation. Cette transformation passe par une décroissance certes mais des gaspillages, des déplacements. Elle passe aussi par un meilleur partage des richesses et des ressources en Europe et entre le Nord et le Sud.
dd.com : Que pensez-vous du Paquet climat-énergie européen ? Vous satisfait-il ?
M. R. : Le Paquet climat énergie adopté en décembre 2008 vise à assigner des objectifs à l’Union européenne en matière d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre. Nicolas Sarkozy se félicite avec vigueur de « son » succès à faire adopter le paquet en 2008, mais cet orgueil est bien mal placé car en voulant conclure par tous les moyens un accord avant la fin de la présidence française de l’UE, les objectifs ont été sérieusement affaiblis. Europe Ecologie souhaite un engagement fort de l’Union européenne afin qu’un accord international juste, équitable et ambitieux soit conclu à Copenhague. Il faut réduire de 30 % les émissions de l’UE en 2020, 90 % en 2050. La sobriété et l’efficacité énergétique sont prioritaires.
dd.com : Et le Grenelle de l’environnement ?
M. R. : Avec le Grenelle de l’environnement, le rendez-vous écologique a été raté. Mais l’urgence est toujours là, c’est pourquoi nous proposons une conversion écologique de l’économie.
dd.com : Etes-vous optimiste pour Copenhague ?
M. R. : Comme l’ont indiqué de nombreuses associations : on ne négocie pas avec le climat ! Ce rendez vous est crucial.
dd.com : Avez-vous confiance dans l’engagement de Barack Obama en faveur du climat ?
M. R. : La victoire de Barack Obama est une bonne nouvelle pour le climat. Elle met fin à huit années d’obscurantisme de l’administration Bush, huit années d’une diplomatie climatique visant d’abord à lutter contre tout accord international contraignant. Elle permet d’éviter une administration Mc Cain, qui, certes, proposait une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 mais fondait sa politique énergétique sur des énergies incompatibles avec un tel objectif : un développement sans précédent des forages pétroliers off shore et la construction de 45 centrales nucléaires pour un coût minimum de 315 milliards de dollars. Ainsi, je crois que le programme climatique et énergétique du candidat Obama est ambitieux. Il comprend d’abord un retour des Etats-Unis dans la négociation onusienne sur un accord international contraignant, avec un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre compatible avec les recommandations de la communauté scientifique réunie au sein du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, ndlr), à savoir 80 % d’ici 2050 par rapport au niveau de 1990. Le programme d’Obama met également la priorité sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, avec un investissement de 150 milliards de dollars sur 10 ans sur les énergies propres et la création de 5 millions de nouveaux emplois verts dans ces secteurs.
Enfin, la possibilité qu’Al Gore devienne l’ambassadeur des Etats-Unis sur le climat ouvre de belles perspectives. Ses convictions et son ambition dans ce domaine sont incontestables et incontestées. C’est aussi Al Gore qui, en tant que vice-président des Etats-Unis, contribua à ce que l’énergie nucléaire soit rejetée comme solution à la crise climatique dans le protocole de Kyoto. C’est une qualité au moment où la France tente de nouveau d’imposer le nucléaire dans les mécanismes de Kyoto. Conséquence non négligeable : au sein du G8, le club du nucléaire partout, pour tous et n’importe comment (Bush-Sarkozy-Poutine-Berlusconi) perd l’un de ses membres les plus actifs.
Toutefois, le plan climat-énergie du candidat Obama comprend aussi de sérieuses zones d’ombre : l’absence d’objectif de réduction des émissions de GES à l’horizon 2020 (essentiel dans la négociation d’un accord Kyoto II) ; l’absence de référence explicite au protocole de Kyoto ; et un soutien maintenu à la production d’agro-carburants à base d’éthanol (y compris de maïs) dont son Etat d’origine, l’Illinois, est fortement producteur. Il reste néanmoins prometteur, dans un contexte financier certes difficile, mais dans un environnement politique et institutionnel favorable : le Sénat et la Chambre des représentants sont démocrates (mais un accord congrès Obama est indispensable), la cour suprême promeut une politique climatique ambitieuse, les accords climatiques entre Etats fédérés se multiplient, l’opinion publique est maintenant consciente des enjeux. Ce plan est d’autant opportun que la communauté internationale dispose de moins de 100 mois pour inverser la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre et ainsi éviter un emballement climatique catastrophique. Elle doit pour cela parvenir à un accord à Copenhague fin 2009 sur un accord Kyoto II couvrant la période 2012-2020, avec un objectif minimum de 30 % de réduction des gaz à effet de serre pour les pays industrialisés. Un leadership conjoint entre l’Europe et les Etats-Unis, capable de convaincre les autres pays, et notamment les pays émergents, serait notre meilleure chance de succès.
dd.com : Si vous êtes élue, quel sera votre premier chantier au Parlement européen ?
M. R. : Nous avons tous nos thèmes de prédilection, les miens sont connus. Le nucléaire évidemment : il nous faut casser les incestes entre l'Etat et le lobby nucléaire et remplacer le traité Euratom par une Communauté européenne des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique. Les ondes électromagnétiques et plus particulièrement les antennes de téléphonie mobile : alors qu'en France, l'Etat protège les intérêts de Bouygues et compagnie, l'Autriche a déjà appliqué des règlementations de 0,6V/m. Il nous faut une directive européenne contraignante pour protéger la santé de tous les Européens !
Mais l'enjeu de cette élection, ce n'est pas un dossier ou tel autre et j'espère bien que de nombreux écologistes seront élus, ici et partout en Europe. Un groupe écologiste fort au Parlement européen, c’est l’assurance de sortir des mesurettes et de mettre l’Europe au service des citoyens : transformation écologique et solidaire de l’économie, revenu minimum d'existence garanti et revenu maximum autorisé, harmonisation fiscale, partage du temps de travail, 100 % d’énergies renouvelables, 0 % d’OGM, ...
dd.com : Selon vous, quelles différences les électeurs doivent-ils faire entre Europe Ecologie et l’Alliance Ecologiste Indépendante ?
M. R. : Un des points essentiels est l'ancrage à gauche. Pour le reste il est essentiel d'avoir un groupe fort et uni d'écologistes au Parlement européen, alors quel dommage cette division !
dd.com : En tant qu’ancienne présidente de la CRIIREM, êtes-vous satisfaite des conclusions du Grenelle des Ondes ?
M. R. : Que ce temps de dialogue ait existé, c’est bien. Par contre, concernant les conclusions, c’est pour le moment plus que succinct et l’essentiel n’y ait pas, à savoir légiférer. Comme je l’ai proposé avec plusieurs associations, la première étape est de faire vivre cette expérimentation à 0,6 V/m.
dd.com : En tant qu’ancienne présidente de la CRIIRAD, comment réagissez-vous lorsque certains voudraient, en Europe ou ailleurs, développer l’énergie nucléaire pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre ?
M. R. : Bien entendu, ma réaction est vive face à une telle aberration, un tel manque de discernement ! Pendant que certains nient les nombreux incidents de juillet dernier au Tricastin et soutiennent la filière dite propre du Nucléaire, Europe Ecologie dénonce les projets pharaoniques destructeurs de santé publique, de la biodiversité tels qu’ITER. Face aux urgences climatiques, énergétiques et sociales, Europe Ecologie défend une autre politique énergétique décentralisée et diversifiée, fondée sur la sobriété et la maîtrise de la demande énergétique et le développement des filières des énergies renouvelables (solaire, éolien, micro-hydraulique, géothermie...) créatrices d’emplois non délocalisables et pérennes. Il faut sortir du nucléaire d’ici à 2030.
dd.com : Que vous inspire l’affaire de l’espionnage contre des militants anti-nucléaire ?
M. R. : De nombreuses associations mènent une activité salutaire d’information des citoyens et d’animation du débat sur le nucléaire. Malheureusement on doit constater que le nucléaire civil, comme le militaire, échappent en France à tout contrôle démocratique. La politique nucléaire de la France se développe depuis ses débuts dans la plus totale opacité et ne dépend que du Président de la République. De telles pratiques d’espionnage sont dignes d’une République bananière, et ne devraient pas être possibles dans une démocratie moderne et dans un état de droit. J’espère que la justice fera toute la lumière sur ces pratiques illégales et que les responsables à tous les niveaux seront condamnés.
A ne pas manquer :
- Interview de Daniel Cohn-Bendit, tête de liste Ile-de-France d'Europe Ecologie
- Interview d’Eva Joly, deuxième de liste Ile-de-France d'Europe-Ecologie
- Interview d’Hélène Flautre, tête de liste Nord-Ouest d’Europe Ecologie
Ils en parlent sur le forum !
Rechercher un éco-acteur
Interviews
Charlotte Mijeon
Le nucléaire est sur toutes les lèvres, sur tous les fronts, dans toutes les discussions. Après la perte d’un contrat colossal à Abou Dhabi, le modèle de l’industrie nucléaire française a été sévèrement remis en cause. Pour tenter de redorer son blason, les 8 et ...
Laurence Rossignol
A peine sortie de l’adolescence, Laurence Rossignol se lance dans le syndicalisme étudiant avec l’Union nationale des étudiants de France (Unef), et dans le combat politique, avec la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR). Puis en 1981, elle rejoint le Parti Socialiste. Elle y est alors régulièrement investie ...
Laurence Vichnievsky
Comme la juge Eva Joly, Laurence Vichnievsky a instruit l’affaire Elf. Et comme Eva Joly, elle a rejoint les rangs d’Europe Ecologie. Cette magistrate, aujourd’hui avocat général à la Cour d’appel de Paris, est tête de liste Europe Ecologie en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour les élections ...
Patrice Drevet
Après avoir conté la pluie et le beau temps, l’ancien « monsieur météo » de France2 est désormais engagé en politique. Aux premières loges, il a pu constater l’ampleur du réchauffement climatique et des catastrophes qui en résultent. Le premier à avoir annoncé ...
sujets des internautes
Le tri des emballages encore trop absent des salles de bain
17 / 03 / 2010
Les objectifs du Grenelle de l’environnement en matière de tri des emballages sont fixés à 75 %. Or, ...
- Catégorie :
- Conso
- Auteur :
- fabienbien
Déchets nucléaires : apprendre de l’histoire & exiger la démocratie
10 / 03 / 2010
Le gros des déchets nucléaires est devant nous, avec l’arrêt, la « neutralisation » et le ...
- Catégorie :
- Technologie
- Auteur :
- Héloïm Sinclair
Agriculture hydroponique solaire et urbaine : une utopie concrète
24 / 02 / 2010
C’est un article des Echos sur des projets américains d’agriculture hydroponique solaire et urbaine, qui m’inspire ...
- Catégorie :
- Technologie
- Auteur :
- Heloim Sinclair
Guerre dans le nucléaire français, accouchement en catimini d’Atmea 1
17 / 02 / 2010
La fin de l'hiver nucléaire aurait commencé, ravivant l’appétit commercial des acteurs historiques ...
- Catégorie :
- Technologie
- Auteur :
- Héloïm Sinclair
Une « solution durable » aux répercussions de l'opération Gerboise bleue en Algérie
10 / 02 / 2010
L’indemnisation des victimes est loin d’être la solution à ce mal qui « ronge » les Algériens ...
- Catégorie :
- Politique
- Auteur :
- cupid
Un rallye transatlantique pour l'environnement et le developpement durable
26 / 01 / 2010
SeaPlanet est un rallye transatlantique à visée environnementaliste. Son but n'est pas de traverser "vite", ...
- Catégorie :
- Environnement
- Auteur :
- terremerair















Notez cet article