Insolite
Manger des fruits et légumes serait néfaste pour le climat
Pas de doute : manger cinq fruits et légumes par jour, comme le recommande le ministère de la Santé, et réduire sa consommation de viande, c’est très bon pour la santé. Pour l’environnement, en revanche, c’est une autre histoire : plusieurs chercheurs de l’Inra affirment en effet dans une étude que cette tendance a un impact carbone important. Explications…
| « La vision selon laquelle les produits végétaux sont bons pour la santé et l'environnement alors que les produits animaux seraient à la fois mauvais pour l'environnement et la santé apparaît simpliste et nécessite d'être reconsidérée » (Inra) | Crédit photo : © Tomo Jesenicnik - Fotolia.com |
Pour améliorer le bilan carbone de l’alimentation, il est recommandé de limiter sa consommation de viande rouge en provenance des ruminants, car il s’agit de l’aliment dont la production engendre le plus de rejets de CO2 (l’élevage représente environ 80 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole). Et de manger davantage de fruits et légumes. Ce qui tombe plutôt bien, puisque ce régime est meilleur pour la santé. Mais ne faisons-nous pas fausse route ?
C’est en tout cas ce qu’avancent des chercheurs de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), auteurs d’une enquête sur l’impact environnemental de l’alimentation (« Pour une alimentation durable », éditions Quae) : selon eux, une consommation faible en viande mais riche en fruits et légumes ne permet en effet pas de diminuer les émissions. Au contraire, elle pourrait les accroître…
Une vision à reconsidérer
Après avoir étudié et comparé l’impact carbone des aliments, notamment en fonction de leur qualité nutritionnelle, les scientifiques ont démontré que les hommes avaient un bilan plus mauvais que celui des femmes : 4,7 kg équivalent CO2 par jour contre 3,7. Les raisons : ils mangent en plus grande quantité, et consomment plus de viande, dont l’empreinte carbone est dix fois plus élevée que celle des fruits et légumes.
Mais ils ont aussi découvert que la valeur nutritionnelle n’avait rien à voir avec les émissions : pour les hommes, elles stagnent, quelle que soit la qualité. Tandis que chez les femmes, « celles qui mangent le mieux ont l'alimentation qui entraîne le plus d'impact carbone », note Nicole Darmon, de l’Inra. Pourquoi ? Tout simplement parce que pour compenser la manque de viande, ces dernières augmentent significativement leur consommation de fruits et légumes, de féculents, ou encore de yaourts.
Ainsi, « la réduction des gaz à effet de serre associés aux régimes alimentaires dépendrait plus fortement d’une baisse des quantités totales ingérées que d’une modification de la structure des consommations ». Et « la vision selon laquelle les produits végétaux sont bons pour la santé et l'environnement alors que les produits animaux seraient à la fois mauvais pour l'environnement et la santé apparaît simpliste et nécessite d'être reconsidérée ».
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