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Publié le :
02/01/2009
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Trafic de déchets : l’argent n’a pas d’odeur

L’Afrique : décharge du monde riche

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Trafic de déchets : l’argent n’a pas d’odeur
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« Le commerce international continue à se développer et des contrôles de plus en plus sévères au niveau national font augmenter les coûts de stockage des déchets toxiques dans les pays développés. Cela incite au transport illégal des déchets »

Dans les années 80, une série de scandales révèle d’intenses trafics de déchets toxiques entre les pays riches et le continent noir. On découvre alors comment l’Occident a trouvé le moyen de se débarrasser de millions de tonnes de résidus chimiques à moindre coût : faire affaire avec des pays ouest-africains plus ou moins corrompus et dictatoriaux, et y décharger les dangereuses poubelles sans aucun recyclage ou traitement. Sans se soucier, non plus, des risques sanitaires et environnementaux. Pour contrer le phénomène, la Convention de Bâle entre en vigueur en 1992. Mais le problème est loin d’être réglé…


Selon la Convention de Bâle, un pays exportateur de déchets toxiques doit d’abord obtenir une autorisation écrite auprès du pays importateur avant d’expédier la cargaison. Son contenu doit être détaillé et la destination finale précisément notifiée. Dans le cas contraire, le commerce est considéré comme illégal et le pays exportateur jugé responsable. Il devra alors récupérer sa « marchandise » et prendre financièrement en charge les coûts des dégâts éventuels. Plus largement, le texte préconise de « réduire au minimum les mouvements transfrontières de déchets dangereux, conformément à leur bonne gestion environnementale. Ils doivent être traités et éliminés aussi près que possible de leur source de production ».

C’est dans ce cadre que l’Union européenne interdit désormais toute exportation de déchets toxiques des Etats membres vers les pays émergents. Le transfert entre pays membres de l’OCDE et Etats non adhérents est également illicite. En tout, 168 nations ont ratifié la Convention. Problème : bien qu’il existe aujourd’hui un cadre juridique international pour lutter contre le trafic, les pratiques illégales se perpétuent. Et ce, malgré l’apparition de traités complémentaires, comme la convention de Bamako. Le monde industrialisé produit plus de 300 millions de tonnes de déchets chimiques chaque année, et lorsque l’on sait que le prix de recyclage d’une tonne peut atteindre les 1000 euros, on comprend pourquoi.

« Le commerce international continue de se développer »

Durant l’été 2006, un événement secoue la Côte d’Ivoire : le Probo Koala, un navire russe battant pavillon panaméen, accoste à Abidjan. Officiellement, il doit vidanger en toute légalité des eaux usées. En fait, il s’agit de boues issues du raffinage pétrolier, riches en éléments soufrés hautement toxiques. 528 tonnes sont déversés dans plusieurs décharges publiques de la ville. Les autorités ne se rendent compte de la fraude qu’après le départ du bateau, et il est déjà trop tard.

Les émanations affectent rapidement des milliers de personnes et en tuent une dizaine. Les contaminés souffrent de vomissements à répétition, d’éruptions cutanées, de malaises, diarrhées et maux de tête. Accusé de négligences, le Premier ministre ivoirien est contraint de démissionner. Depuis, la cour d’assises d’Abidjan a condamné à 20 et 5 ans de prison deux Ivoiriens impliqués dans la transaction criminelle… mais l’affréteur du navire, la multinationale Trafigura, et Puma Energy, sa filiale locale, n’ont pas été inquiétés.

Conclusion de l’histoire : outre le peu de responsabilités établies dans cette affaire, il semble que le transport illégal de déchets toxiques vers l’Afrique soit encore d’actualité. Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE (programme des Nations Unies pour l’environnement), déclara alors : « Le commerce international continue à se développer et des contrôles de plus en plus sévères au niveau national font augmenter les coûts de stockage des déchets toxiques dans les pays développés ». Il en résulte, selon lui, « une incitation économique pour le transport illégal des déchets ». Pour Stavros Dimas, membre de la Commission européenne chargé de l’environnement, le scandale du Probo Koala « n’est que la partie émergée de l’iceberg ».

Le nouveau business des déchets électroniques

Les exemples ne manquent pas. Greenpeace a par exemple recensé près de 80 sites-dépotoirs sur le continent africain. Une enquête du magazine Spiegel a quant à elle mis en lumière en 2006 un probable enfouissement de déchets radioactifs sur l’Ile d’Annobon, dans le Golfe de Guinée. Et un nouvel eldorado semble désormais attirer les trafiquants d’ordures : les déchets électroniques. 20 à 50 millions de tonnes sont produites chaque année, et selon l’ONU, plus de 6 millions finiraient dans les décharges des pays en voie de développement.

En Afrique, Le Ghana et le Nigéria seraient particulièrement touchés. Le port de Lagos, selon une étude de Consumers International, verrait ainsi débarquer chaque mois 500 000 ordinateurs usagées. Officiellement « d’occasions », 75 % sont en fait bons pour la décharge. C’est le prix à payer. Et la pollution au plomb et au mercure contamine chaque jour les populations en quête de quelques grammes de métaux à revendre, comme le cuivre.


Pour en savoir plus :
- Convention de Bâle
- Convention de Bamako
- Enquête de Consumers International (mai 2008)
- Enquête de Greenpeace (aôut 2008)

Yann Cohignac

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Italie : la Mafia menace l’environnement
OREEAT, 25 / 01 / 2009 - 8:42
“Nous sommes les webmasters d'OREEAT, souhaitez vous être dans la liste de diffusion Presse, communiquez votre adresse courriel sur hamel.rene@wanadoo.fr
L'actualité GDE-TRAFIGURA, actuellement 3 sites identifiés, 3 autres en cours de caractérisation, pour des valeurs dépassant les 100.000 tonnes.
Le constitutif des déchets et la teneur en métaux lourds et autres produits chimiques complexes attestent que le seul broyage de véhicules (mêmes mals ou peu dépollués)ne peut justifier la présence de ces éléments, il s'agirait en fait de RB Refus de Broyage issus d'autres produits manufacturés (transformateurs ? frigos ? électro ménager ou DEEE non dépollués ?) à suivre”
bcomte, 05 / 01 / 2009 - 13:28
“Entre ceux qui blanchissent l'argent des déchets et ceux qui blanchissent directement les déchets, il y a quand même de quoi s'inquiéter. Ces dysfonctionnements montrent le peu d'importance que représente pour certain l'avenir de la planète. il faut peut être une législation plus sévère, quelque chose qui soit réellement dissuasif.”

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