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Publié le :
18/12/2008
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De Kaboul à Deh Sabz : un espoir de reconstruction durable

De Kaboul à Deh Sabz : un espoir de reconstruction durable
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« Il ne s’agit pas seulement de construire une ville écologique mais aussi de fonder une cité qui soit un modèle économique en réponse au chaos »

7 ans de guerre ont ravagé la quasi-totalité de l’Afghanistan. La guerre n’est pas finie et pourtant, l’on parle déjà, comme une lueur d’espoir, de « reconstruction ». Le retour progressif des quelque 5 millions de réfugiés, principalement vers les villes, va nécessairement poser un problème d'infrastructures. Le développement des services publics de base va devoir être rapide. Pour cela, un projet de nouvelle ville écologique se met en place au milieu d’un pays sous les décombres.

Au 19ème siècle, l’essentiel des régions du centre, du nord et de l’est était boisé. Aujourd’hui la forêt ne couvre pas plus de 4 % du territoire. Selon le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), « la collecte du bois de feu et les effets des troupeaux sur la survie et la régénération sont les facteurs essentiels de la déforestation, plus rapide que jamais ». Aujourd’hui en Afghanistan, environ 90 % des ressources énergétiques proviennent de biomasse non renouvelable, aggravant la déforestation. La qualité de l’air dans les villes est mauvaise, affectée par un parc de 600 000 véhicules, anciens pour la plupart, et l’utilisation de fours de cuisson et de chauffage peu performants. Selon une estimation du PNUE, chaque Afghan émet 1,2 tonne de CO2 par an.

L'énergie y représente l'un des enjeux les plus important pour le développement de ces services de base tel que la santé, l’éducation et l’administration : par manque d'infrastructures, le taux de scolarisation est inférieur à 50 % et plus de 60 % de la population n'a pas accès aux services de santé.

Un projet de reconstruction écologique et durable

Conscient de ces problématiques de reconstruction du pays, Ishaq Nadiri, conseiller économique du président afghan Hamid Karzaï, est chargé de définir une stratégie de développement pour le pays : « Nous sommes confrontés à un double défi : alléger la pression démographique et développer de l'activité ». Il propose la construction d’une nouvelle ville écologique pouvant accueillir 3 millions d’habitants, sur un plateau désertique de 400 km2, à 10 kilomètres au nord de Kaboul : Deh Sabz. L’agence d’architecture française « Architecture studio » lui a déjà donné un visage : un triangle dont les côtés, larges et convexes, forment une trame urbaine dense, composée d'immeubles de quatre ou cinq étages, cernée par des activités.

Pour ce qui concerne l’énergie, l'agence prévoit de satisfaire les besoins par 40 % d'énergies renouvelables au démarrage, et 90 % à terme, au moyen d’un panel de stockage géothermique, de parc solaire et d'éoliennes. Le terrain est aride est le processus d’alimentation de la ville en eau est d’autant plus complexe. Le plan intègre des ravines naturelles qui permettront à l’eau des montagnes de s’écouler pour être ensuite filtrer et recycler par « phytorestauration ». A moyen terme cela ne suffira pas. L’aide internationale prévoit la construction d’un barrage sur le Panshir et de trois pipelines pour alimenter la ville nouvelle, mais aussi Kaboul.

Selon ce professeur d'économie, le projet peut être autofinancé : « Le gouvernement investira 150 millions de dollars (112 millions d'euros) par an pour réaliser les infrastructures et viabiliser les terrains. Ceux-ci seront vendus aux promoteurs, qui financeront les opérations d'aménagement et commercialiseront les logements. Ce n'est pas une utopie. Il y a beaucoup d'argent en circulation en Afghanistan. »

Une réponse au chaos

Il ne s’agit pas seulement de construire une ville écologique mais aussi de fonder une cité qui soit un modèle économique en réponse au chaos. L’objectif est donc de créer une dynamique économique et une cohésion sociale. Le Franco-Afghan Akram Fazel, ancien directeur de la recherche de Danone et de L'Oréal, a joué les intermédiaires entre le gouvernement et les architectes : « Le gouvernement exigeait que soient appliqués les principes du développement durable. Nous avons aussi aidé à prendre en compte le contexte culturel islamique », précise M. Fazel. Pour cela, les architectes ont travaillé avec les ethnologues suisses Pierre et Micheline Centlivre, spécialistes du pays, qui les ont aidés à comprendre les villes afghanes, l'usage de l'espace public, l'absence de places, la succession d'espaces protégés.

Le gouvernement exige de cette nouvelle ville qu’il n’existe pas de découpage ethnique entre Pactounes, Ouzbeks, et autres ethnies. « Nous recherchons la mixité ethnique en refusant la mixité sociale, par un fort classement des quartiers selon la richesse », raconte Laurent-Marc Fischer (Agence Architecture Studio).

De beaux projets de cohésion sociale, d’unité nationale et de préservation de l’environnement qui apparaissent totalement illusoire dans ce contexte de guerre où chaque jour l’on compte des morts. Et pourtant, comme le démontre si bien Ishad Nadiri, il faut penser au futur, à la reconstruction, donner de l’espoir aux populations afghanes.

Le démarrage des travaux est prévu dans deux ans.

Pashû Dewailly

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