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Jean-Paul Besset, eurodéputé d'Europe Ecologie

Date de l'interview :
03 / 02 / 2010
Commentaires :
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Note :
Note : 3/5
Jean-Paul Besset
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Un mois et demi avant les élections régionales ! Europe Ecologie est en marche et a débuté sa campagne. Après le succès des européennes et face à la déception de Copenhague, le parti écologiste veut réitérer l’exploit. Eurodéputé siégeant aux Commissions de la pêche, des transports et du développement régional, Jean-Paul Besset nous livre ses impressions sur le grand emprunt, sur Copenhague, sur la transformation écologique de la société et sur la taxe carbone. L’occasion de faire le point…

Developpementdurable.com : Le développement soutenable nous conseille de mettre un frein au progrès économique pour relancer le progrès humain. Comment, à votre avis, redonner du sens au progrès humain ?

Jean-Paul Besset : Refonder un horizon émancipateur, un horizon de progrès, prendra du temps. La voie que nous réserve notre société actuelle d’accumulation de biens, d’énergie, d’habitations, d’objets n’est pas la bonne. Notre société doit retrouver un nouveau système de valeurs que celui qui, aujourd’hui, nous aliène, provoque la crise écologique et pille les ressources de la planète. Nous devons donc nous orienter vers un horizon de progrès humain, une modération des désirs et des besoins, une ambition modeste. Nous devons privilégier les liens et non plus les biens et, de ce fait, restaurer le progrès humain qui est en train de nous échapper sous le poids du système économique et des caprices individuels.

dd.com : Vous expliquiez récemment que si, à Copenhague, des politiques de rupture n'étaient pas enclenchées, nous courions tout droit à la catastrophe. Votre sentiment après que cette montagne ait accouché d’une souris ?

J-P.B : Je suis accablé. Les dirigeants de la planète ont été incapables de soulever la montagne, cette transformation des modèles de développement. C’est sans aucun doute dû à des intérêts contradictoires, à la prééminence des intérêts nationaux sur l’intérêt collectif et surtout à l’énormité de la tâche. Ils ont été saisis d’effroi devant le défi colossal que suppose ce changement de cap.

Avant d’y aller, ils étaient tous d’accord sur l’urgence et l’objectif mais dès qu’il s’est agi de prendre des engagements et de trouver des financements, dès qu’il s’est agi de rentrer dans le champ de l’action, les risques leur sont soudainement apparus trop grands. Le syndrome de conservatisme dans lequel ils sont, pour la plupart, plongés les a aveuglés. Leurs lâchetés s’additionnant, rien n’a été fait. Les dirigeants, ceux qui ont du pouvoir, entendent le garder et sont toujours dans un syndrome de conservatisme.

J’ai assisté au début des négociations et bien sûr, j’écoutais et j’espérais. Je savais que la prise de conscience était forte mais je ne pensais pas qu’elle serait si fugace. Attention, je ne dis pas que les dirigeants l’ont fait délibérément, ils ont bien compris l’ampleur de la tâche qui a fini par les dépasser. Or, on ne peut plus attendre. Si les dirigeants n’en sont pas capables, c’est à la société des hommes de mettre en œuvre le changement, en commençant par influer sur les élections régionales.

dd.com : Pendant toute la durée de la conférence de Copenhague, vous avez fait la grève de la viande. Votre objectif était-il uniquement d’attirer l’attention sur un secteur ultra-polluant ? Avez-vous été entendu ?

J-P.B : C’était effectivement notre objectif, le sujet n’étant pas abordé à Copenhague. Mais il n’est pas seulement question de la production de viande mais plus globalement de notre mode de consommation. La crise écologique touche tous les domaines, nous en avons ici un exemple flagrant. Pourtant, et je ne m’en cache pas, je fais partie de ceux qui aiment manger de la viande. Dans notre culture, elle a toujours représenté la fête et la convivialité. Je ne dis pas qu’il faut totalement renoncer à manger de la viande mais qu’il faut modérer cette consommation. Dans tout domaine, en toute chose, il faut avoir conscience que les ressources ne sont pas illimitées.

Notre action n’a sûrement eu qu’un impact minime mais quand je m’engage, je ne fais pas les choses à moitié. Je pars du principe qu’il faut faire feu de tout bois, sans se prendre trop au sérieux, sans donner trop de leçons. C’est ce que, modestement, j’essaie de faire.

dd.com : Le grand emprunt n’alloue que cinq milliard d’euros au développement durable. Votre sentiment ?

J-P.B : C’est de l’imposture ! Je ne suis pas contre l’idée d’un grand emprunt mais avec concertations préalables. D’abord, que l’état des finances françaises nous permette d’emprunter me semble étrange. Mais admettons ! Toutefois, il serait de bon ton de savoir ce que l’on veut relancer. Je suis pour une relance de l’avenir, pour une transformation écologique de la société, mais à l’échelle du continent. Dans ce grand emprunt tel qu’il est présenté, je me désole que l’impératif écologique ne soit pas dominant et que l’initiative ne soit que franco-française. Nous devrions apprendre à inscrire les grandes décisions telles que celle-ci dans un contexte européen.

dd.com : Lors de l’annonce par Nicolas Sarkozy de la première version de la taxe carbone, vous évoquiez « un couteau sans lame », vous devez donc être satisfait qu’elle soit réévaluée ?

J-P.B : Les remarques du Conseil constitutionnel nous semblent tout à fait justifiées. Le problème ? L’action est repoussée de plusieurs mois. Je souhaite évidemment que son taux soit augmenté, que sa progressivité soit clairement définie et qu’il n’y ait pas d’exemptions. Si l’on veut faire baisser la consommation énergétique, tout le monde doit y passer, il ne peut pas y avoir d’exemptions. Sinon cette mesure sera perçue comme totalement injuste et inefficace.

dd.com : Au Parlement européen, vous siégez aux Commissions de la Pêche, des Transports et du Développement régional. Quels sont les principaux sujets sur lesquels vous avez travaillé et quels résultats avez-vous obtenus ?

J-P.B : Dans les Transports, nous travaillons plutôt sur le transport maritime. Au sein de la commission Pêche, il s’agit principalement de la pêche en eaux profondes, de la régulation de la pêche industrielle et de l’encouragement de la pêche artisanale. Dans la commission Région, nous tentons de comprendre comment, à l’échelle du développement régional, mettre en place des schémas de transformation écologique des régions.

Le seul résultat que nous ayons obtenu pour le moment, dans la commission Pêche, c’est le gel de l’accord de pêche entre l’UE et la Guinée à la suite du massacre de 160 personnes lors d’une manifestation de l’opposition à Conakry 160 personnes. Hasard du calendrier, l’UE devait accorder une aide européenne au secteur de la pêche en Guinée. Or, après un massacre pareil, il en était hors de question. Nous devions envoyer un signal fort, un signal de rupture et c’est ce que nous avons fait.

dd.com : Pouvez-vous nous dessiner les contours de votre projet écologique et social pour l’Europe ?

J-P.B : C’est la transformation écologique de l’économie, des territoires, c’est la modification de tous nos modes de transport, d’alimentation, d’habitation, de production, c’est un changement de cap total. Mais à l’échelle européenne, ça ne peut pas s’engager pays par pays.


Propos recueillis par Albane WURTZ

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