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La Démarche paysagère territoriale
Donner un cadre de vie au Grenelle de l’environnement
Penser global, agir local. Et pour les deux territorial alors que la loi Grenelle 1 vient d’être votée dans les moiteurs estivales par l’Assemblée nationale et dans un quasi-consensus quant à la légitimité des objectifs et du processus. S’il faut louer les échanges, le phénomène de sensibilisation et les avancées contenues dans les propositions, le chemin est encore long de la négociation jusqu’à la mise en œuvre et l’on s’aperçoit tardivement que la mise en situation des mesures discutées et votées passe par une déclinaison territoriale et une appropriation par les élus et les habitants.
Cacher ce paysage que je ne saurais voir. Le cadrage initial et la rédaction des conclusions des différents ateliers ont réussi la gageure d’évacuer les termes de paysage et de cadre de vie, ce qui interpelle quant à l’esprit d’ouverture et de concertation qui devait guider la démarche et plus pragmatiquement quant au manque de contexte spatial qui pourrait faire douter de l’efficacité des mesures. Si le paysage a été ainsi réintroduit mais de façon assez marginale lors du premier passage du texte devant les députés, c’est la réinstallation du Conseil national du paysage qui a obligé les Secrétaires d’Etat à l’Ecologie et à l’Aménagement du territoire à recadrer son apport et son implication pour la réussite du Grenelle de l’environnement. Bâtiment et urbanisme, étalement urbain, énergies, biodiversité, gouvernance ont des liens étroits avec la qualité du cadre de vie que le grenellement correct n’a pas su jusqu’ici tisser. Et il a été opportunément rappelé l’indispensable mise en relation de l’écologie et du paysage.
On ne respecte bien que ce que l’on connaît et l’objectif est toujours de montrer aux habitants et aux élus la valeur de leur territoire. Ainsi, pour ne pas apparaître comme uniquement sectorielles, les mesures du texte de loi doivent intégrer un projet plus global qui passe par le respect des lieux de vie et par une mise en forme qualitative des territoires telle que perçue et ressentie par le plus grand nombre et dans laquelle chacun pourra se reconnaître et s’identifier. Puisque le paysage a été jusqu’ici le grand absent, le texte de loi Grenelle 2, boîte à outil du Grenelle 1, se doit d’intégrer cette dimension et cette condition de mise en œuvre – il faut remettre du sensible dans l’aménagement des territoires - le fond et la forme sont indissociables en terme de projet de développement durable.
Au regard des attentes de la société et des enjeux de la relation ville/campagne, se priver de l’approche spatiale, peut certes apparaître comme régulateur et correcteur mais aussi comme réducteur alors qu’un autre consensus se fait jour pour maintenir la riche diversité paysagère hexagonale à l’encontre de la banalisation et des dérives aménageuses et que par ailleurs cette diversité incarne et qualifie la décentralisation des compétences. On exigerait ainsi des comportements vertueux mais déconnectés de la réalité de terrain et du vécu local qui lui aussi s’incarne dans des sites et des lieux. On mesure ici le décalage entre un panel de mesures légitimes face à l’urgence mondialisée des menaces pesant sur la planète bleue et un projet politique sur la durée inscrit dans les territoires et le terreau du projet. Aujourd’hui que 80% de la population est urbaine et que s’annonce la réorganisation territoriale nationale, les regards évoluent, les démarches de développement local et celles des collectivités s’appliquent à lier identité et attractivité, ruralité et urbanité.
Ainsi, peut-on définir une démarche paysagère territoriale se référant à la Convention européenne du paysage à l’instar des recommandations des Etats généraux du paysage qui ont précédé le Grenelle et montré que cette démarche de qualité était multi-acteurs, pluridisciplinaire et participative. Un paysage dans l’action donc, transversal et de médiation, au-delà de la carte postale figée puisque les paysages dont-il est ici question résultent des multiples interventions humaines qui les façonnent au fil de l’histoire, la grande et la petite. Des paysages choisis et non subis, conjuguant protection, mise en valeur et aménagement à contrario de la trop habituelle dichotomie de zonage : protéger ici pour pouvoir consommer là sans modération. Car le frein le plus perceptible à cette démarche innovante, n’est-il pas encore pour l’habitant, l’entreprise, l’élu, l’institution et tel le monsieur Jourdain de Molière, de fabriquer du paysage sans le savoir ?
Pour le paysage, l’impact d’une résidence n’est jamais secondaire, c’est une pierre apportée à l’édifice légué aux générations futures. A mettre en cohérence avec le premier rang mondial des destinations touristiques pour une société qui se respecte et qui respecte son histoire, imaginative et fière de ses productions. Une certaine conscience et un certain art d’habiter ensemble le territoire, en quelque sorte.
L’autre caractéristique des mutations actuelles tient dans l’accélération technologique et (télé) communicante sur fond de mobilité et d’individualisation des comportements. Elles induisent à la fois une distance et une urgence qui peuvent conduire à une déterritorialisation des actions et se traduire par un zapping paysager et une utilisation de l’imagerie paysagère comme support de communication au détriment d’une relation physique, sensorielle et culturelle avec un cadre de vie qui est aussi cadre d’accueil des visiteurs. Etonnamment, pour ceux qui tiendraient encore le paysage comme une vue de l’esprit (ce qui est déjà très positif), il agit également comme territorialisation des projets. On peut même avancer qu’un véritable projet de territoire est aussi un projet de paysage, c’est-à-dire un projet propre au territoire considéré et attentif à apporter des réponses adaptées à ses spécificités, aux sites et aux lieux et à contrario des études copier-coller.
Car le développement humanisé produit de nouveaux paysages représentatifs de leur époque et situés dans l’évolution. En s’appuyant sur les structures et éléments de paysage qui caractérisent chaque territoire et constituent le support et la mise en situation des études d’urbanisme, des amendements au texte de loi ont ainsi été proposés par le Collectif des Etats généraux du paysage. Le paysage est une synthèse et cette démarche paysagère territoriale le liant étroitement à l’urbanisme, est le levier approprié pour donner du sens à un développement qualifié de durable. Attentive à l’organisation, aux usages et positionnements des différentes typologies d’espaces naturels, cultivés et aménagés, aux patrimoines, aux activités et à leur interrelation, elle apparaît comme la démarche de qualité visible du territoire pour faire des choix stratégiques sur le foncier et sur la durée, indispensable dans la boîte à outils du texte de loi et de son application, en particulier à l’échelle pertinente de l’intercommunalité. Elle invite par ailleurs à repenser la place du paysage du local au national, en rappelant que le cadre de vie est indissociable de la vie du cadre, le temps d’infliger au législateur ce devoir de vacance paysagère.
www.etatsgenerauxdupaysage.org
4°Assises européennes du paysage-Strasbourg 26/28/10/09 www.assisespaysage.fr
Le développement durable a-t-il une forme ?
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