Environnement
Payer l’eau à son juste prix
Par Peter Brabeck-Letmathe, PDG de Nestlé. Et d'après le Guardian. L’Afrique du Sud reconnait que tout usage de l’eau ne correspond pas à un besoin fondamental. Nous autres devrions suivre cet exemple.
| L'eau douce ne représente que 2,5 % des reserves de la planète... | Crédit photo : © 2jenn - Fotolia.com |
Aucun autre pays ne comprend mieux que l’Afrique du Sud la crise de l’eau à laquelle toute l’humanité est confrontée. La nation arc-en-ciel a été la première à relever un défi que les autres pays commencent à peine à entrevoir.
Il est important de noter que peu de pays ont inscrit dans leur constitution le droit à un accès à l’eau. L’attitude du monde est tout sauf durable. Les besoins globaux en eau vont augmenter de 50 % dans les 20 prochaines années selon un rapport de McKinsey pour le 2030 Water Resources Group qui compte Nestlé parmi ses membres. En 2030, les quantités d’eaux usées dépasseront le taux de renouvellement de plus de 60 %, aux dépens de l’eau nécessaire au milieu naturel. Alors que nous avons focalisé notre attention sur le gaspillage d’énergies fossiles, nous avons largement ignoré le fait que, sans changements radicaux, nous n’aurons bientôt plus d’eau.
Le temps de l’eau abondante et bon marché touche à sa fin. J’ai longtemps milité pour la mise en place d’un prix qui donne une juste valeur à cette ressource vitale. L’OCDE et la Banque Mondiale semblent aller dans la même direction et ont récemment publié des rapports suggérant la mise en place d’un prix de l’eau plus adapté.
Malheureusement, le débat, manichéen et simpliste, n’a permis aucune avancée. Pourtant l’expérience de l’Afrique du Sud nous montre que la décision n’est pas nécessairement binaire. Le pays a mis en place une allocation mensuelle pour permettre aux ménages de subvenir aux besoins de base : cuisiner, boire tout en faisant payer au prix fort les autres usages.
Les autres pays devraient s’inspirer de cette tarification adaptée qui stipule que toutes les utilisations que l’on fait de l’eau n’ont pas la même importance. Autant l’accès à une eau subventionnée pour l’hydratation et l’hygiène est un droit fondamental, autant laver sa voiture, remplir sa piscine ou arroser son jardin est un luxe qui doit se payer. Appliquer un tarif plein à ces activités permettrait non seulement de faire un usage plus censé de l’eau, de réparer les réseaux qui fuient mais aussi de prolonger les canalisations afin d’approvisionner plus de maisons.
Mais les avancées concernant l’usage domestique ne servent à rien si nous ne modifions pas radicalement notre approche de l’agriculture, qui engloutit environ 70 % des ressources en eau. C’est sur ce point qu’il y a le plus à faire mais les progrès réalisés jusqu’alors ont été très timides. Il est fondamental d’améliorer la productivité agricole pour palier les pénuries et étendre le principe du « crop per drop » (une goutte, une récolte), surtout dans les pays en développement.
Des méthodes simples et souvent peu onéreuses permettent d’augmenter le rendement : la culture sans labour (pour préserver les sols), un meilleur drainage, l’arrosage au goutte à goutte et l’amélioration des cultures.
Augmenter le prix de l’eau dans ces zones améliorerait les rendements. Un récent rapport de l’OCDE portant sur la gestion de l’eau dans l’agriculture a montré notamment que dans les zones où le prix de l’eau a augmenté, la production agricole n’en a pas souffert. Cela met en lumière l’exemple de l’Australie qui a réussi à réduire de moitié la consommation d’eau pour l’irrigation sans répercussion sur les récoltes.
L’histoire de l’aflaj (ou qanat) est encore plus intéressante. Ce terme désigne un système d’irrigation antique de la région d’Oman, qui, pour la première fois dans l’histoire, a permis la mise en place d’une taxe sur l’eau destinée à préserver cette dernière et qui fonctionne toujours 4 000 ans plus tard. L’eau devrait s’acheter à un prix adapté en tant que bien commercial mais, comme souligné plus haut, elle est aussi un bien social et environnemental.
Il incombe à tous ceux qui collaborent avec les agriculteurs de les aider à mieux gérer l’eau. Nestlé a ainsi mis en place des programmes de formation, d’assistance technique et même d’aide au microcrédit. C’est une preuve importante de notre engagement à réduire le gaspillage d’eau dans nos activités. Il est vrai que l’industrie utilise deux fois plus d’eau que les ménages et souvent de manière bien plus inefficace.
Les gouvernements doivent aussi reconnaitre l’eau à sa juste valeur et la tarifer en conséquence. Si l’attention portée sur l’Afrique du Sud ces jours-ci peut aider à faire valoir les avantages de la tarification flexible de l’eau, la coupe du Monde aura été un succès.
Pour lire l'article en version originale : www.guardian.co.uk
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- Concierge Durable, 01 / 07 / 2010 - 11:40
- “oui l'eau n'est pas un droit...au-delà d'une consommation vitale. Laver sa voiture, remplir une piscine, prendre 2 douches par jour, laisser une fuite d'eau pendant des semaines, des mois, nettoyer sa terrasse à grand coup de Karcher, arroser son "green" tous les soirs pendant 30 mn...tout ça c'est du luxe et le luxe se paie au prix fort, habituellement.
Cela fait longtemps que je tente de faire passer le message qu'il faudrait définir une consommation de base par ménage, en fonction du nombre d'habitants (humains et animaux).
AU-delà d'une douche par jour, de X litres pour la boisson, de X litres pour les toilettes et pour le ménage...le tarif devrait être différent.
Idem pour l'agriculture.”
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