Environnement

Publié le :
16/12/2008
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La Russie joue les égoïstes avec ses crédits carbone

La Russie joue les égoïstes avec ses crédits carbone
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« La Russie contrôle l’échiquier des signataires du protocole, et compte bien remporter la partie où l’écologie est loin d’être au centre du jeu »

Depuis la signature du protocole, Moscou a accumulé une manne potentielle de crédits de CO2 évaluée à 4 milliards de tonnes de CO2 soit l’équivalant d’une valeur de 46 à 56 milliards d’euros. Seulement, les autres pays ne pourront pas compter sur la revente de ces quotas. C’est en effet dans l’intérêt économique Russe que le chef adjoint de la délégation russe en charge des négociations sur le changement climatique a déclaré la semaine dernière à Poznan que les crédits russes « doivent être conservés pour une période ultérieure ». La Russie contrôle l’échiquier des signataires du protocole, et compte bien remporter la partie où l’écologie est loin d’être au centre du jeu.

Ratifié en 2004, le protocole de Kyoto a permis à la Russie de respecter sans trop de difficultés ses engagements. Moscou avait en effet réussi à obtenir en échange de sa signature une quantité de quotas ne devant pas dépasser ses émissions de 1990. Période jusqu’à laquelle, l’industrie lourde vieillissante du pays rejetait de grandes quantités de gaz polluants. L’industrie fut ensuite laminée par la crise économique. Elle était alors beaucoup moins émettrices de CO2, dégageant ainsi une importante marge de crédits. Sur cette décennie, c'est en 1992 qu'on enregistre le plus haut niveau (13,3 tonnes métriques par habitant) depuis 1990, et c'est en 1998 qu' est atteint le plus bas niveau (9,9 Tmh) selon les données de la Banque Mondiale. Dans son édition « ses perspectives énergétiques » publié en 2004, l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) prévoyait déjà qu’en 2010, ses émissions de CO2 seraient « inférieures de 600 millions de tonnes, soit 28 % plus faible que celles de 1990. Même la rapide croissance économique du pays n’a pas encore ramené la Russie à ses émissions de 1990. Le changement enregistré entre la première (1990) et la dernière année (2007) est de -21%. Le résultat est nullement du à des efforts écologiques. Selon le rapport des ONG Germanwatch et Climate Action Network publié la semaine dernière, la Russie se place en 51ième position sur les 57 états à l’origine des 90 % d’émissions de CO2 dans le monde. La Russie porterait la même responsabilité que l’Allemagne et le Royaume-Uni. 

La Russie mise sur un prix élevé des crédits CO2

Le marché des crédits carbone est estimé aujourd’hui à 100 milliards de dollars pour 2008. C’est donc d’une grande partie des crédits carbone que la Russie compte bien priver ses cosignataires du protocole de Kyoto. Alors que des pays comme l’Espagne et la Belgique par exemple, qui ont acheté pour 8 millions de tonnes de crédits à la Hongrie, ont besoin d’accéder à ces quotas, la Russie préfère les conserver. L’offre étant moins importante sur le marché, le coût des crédits restera élevé, ce qui est dans l’intérêt russe. Leur stratégie est simple est bien ficelée : premier producteur mondial de gaz, moitié moins polluant que le charbon, la Russie a tout intérêt a contribué au prix élevé des droits à polluer pour que les producteurs d’électricité ne passe pas de l’or bleu à l’or noir (ndlr : charbon). Les motivations sont loin d’être écologiques, contrairement aux apparences. Le Kremlin n’a jamais considéré la lutte contre le réchauffement climatique comme une priorité. Compte-tenu de la quantité de quotas accumulés par la Russie, le pays sera probablement en position de force sur le traité qui succédera à Kyoto. Le pays tentera très certainement de négocier les contraintes fixées par le protocole sur l’obligation d’utilisation des sommes recueillies par les vendeurs dans des dispositifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.
 

Pashû Dewailly

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bcomte, 17 / 12 / 2008 - 10:00
“Le gouvernement russe aime avoir une main mise sur les autres. Avec ces crédits de CO2 il se sent puissant et va se servir de cet argument tant qu'il le pourra. La communauté internationale va devoir se préparer à négocier ferme pour l'après Kyoto!”

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