Environnement
Quand les perturbateurs endocriniens menacent la fertilité des hommes

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- « Les problèmes de l’appareil reproducteur masculin sont aujourd’hui potentiellement aussi graves que le réchauffement climatique »
Au départ considérée comme audacieuse et longtemps controversée, l’hypothèse se révèle implacable : « les problèmes de l’appareil reproducteur masculin sont aujourd’hui potentiellement aussi graves que le réchauffement climatique », affirme sans détour le professeur danois Niels Skakkebaek, directeur de recherche à l’hôpital universitaire de Copenhague. Alors que les études scientifiques se succèdent et approuvent la thèse, les industriels contre-attaquent et les Etats s’organisent.
Depuis les années 60, la production de spermatozoïdes a diminué de moitié chez l’homme tandis que les cancers et les malformations génitales chez les petits garçons ne cessent d’augmenter. Ce sont quelque 85 000 substances chimiques vendues sur le marché au grand public qui sont aujourd’hui montrées du doigt. « Dans cette histoire, on a un faisceau d’arguments qui convergent : la corrélation entre l’altération de la fertilité et l’exposition aux perturbateurs endocriniens », explique le docteur René Habert, de l’Université Paris-Diderot. Et pour cause, les produits chimiques de toutes sortes, aérosols, pesticides, nouvelles substances chimiques, se sont multipliés ces dernières années.
Ces produits chimiques qui nous entourent…
Nous sommes chaque jour exposés à des produits chimiques fabriqués par l’homme qui peuvent agir comme des hormones : cosmétiques, emballages alimentaires, objets en plastique, etc. Ces plastifiants, par exemple, s'opposent à l'action des hormones masculines, les androgènes. Les phtalates, employés comme lubrifiants dans le PVC qui se retrouvent dans de nombreux objets de consommation courante (cosmétiques et emballages pour la nourriture) sont des anti-androgènes.
A long terme l’impact peut être considérable. Pour vérifier ces hypothèses, des tests ont été mis en place en laboratoires sur les animaux. Le constat est effrayant : en Floride, le professeur Lou Gilette constate que les alligators naissent avec des attributs virils réduits. Des populations de poissons ou d’amphibiens dans certains cours d’eau exposées aux pesticides se féminisent. Des grenouilles mâles exposées à des pesticides deviennent hermaphrodites. Ces transformations sont-elles à l’image de ce qui arrivera chez l’homme ?
L’institut Marques de Barcelone a publié début octobre les résultats d’une étude déroutante : près de six jeunes espagnoles sur dix auraient un sperme de qualité inférieur aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), définissant d’éventuels problèmes de fécondité. « Les altérations dans la concentration du sperme pourraient remonter à la période embryonnaire et être dû, dans les zones très industrialisées, à l’exposition des fœtus à des perturbateurs endocriniens », a expliqué Mme Lopez-Teijon, coauteur de l’étude au journal Le Monde. Pour le docteur P. Habert, il s’agit là d’un véritable problème : « on pourra toujours avoir des bébés mais en ayant recours de plus en plus à la procréation assistée ».
Les êtres humains sont fréquemment exposés à ces substances, mais le « facteur risque » peut être multiplié selon les étapes de la vie, notamment chez les femmes enceintes et les jeunes enfants qui représentent des populations très vulnérables.
Les Etats se mobilisent, principe de précaution oblige
Les données scientifiques s'accumulent depuis quinze ans. Selon Bernard Jégou, président du conseil scientifique de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), « l'affaire du Distilbène, cette hormone de synthèse commercialisée entre 1950 et 1977 pour prévenir des fausses couches, qui s'est révélée nocive pour les enfants exposés in utero, a montré qu'il faut maintenir la vigilance à travers les générations. Ce ne sont pas seulement les individus qui sont touchés mais aussi la qualité de leur descendance, déjà menacée par l'explosion des allergies, du diabète ».
Les preuves scientifiques sont aujourd’hui réunies bien que la preuve ultime de causalité directe n’ait pas encore été clairement démontrée. La population reste exposée à un cocktail de produits et à des doses faibles, mais pendant de longues périodes ou à des moments critiques dont on ne peut nier les effets à long terme. C’est pour cela que les Etats doivent réguler la circulation et l’exposition des populations à ces substances. Le règlement européen REACH représente une grande avancée en la matière en exigeant des industriels qu’ils prouvent l’innocuité de leurs produits. Mais actuellement, « il n’y a aucune législation qui tienne compte de l’interaction entre les différentes substances, on analyse une seule molécule à la fois », comme l’expose l’édifiant reportage de Sylvie Gilman et Thierry De Lestrade « Mâles en péril », à paraître demain soir, mardi 25 novembre sur Arte.
C’est à cette date que se tiendra également, le colloque sur le thème « Environnement chimique, reproduction et développement de l'enfant », organisé par la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. L’objectif de cette réunion est de permettre un partage d'expériences entre scientifiques européens. « Il y a ceux qui disent qu'on ne sait pas tout et qu'il vaut mieux ne pas en parler et ceux, dont moi, qui considèrent qu'on en sait suffisamment et que plus on en parle, plus on fait avancer la connaissance et la prévention », a-t-elle résumé.
Mais au XXIe siècle, le principal tueur restera le tabac et ses 10 millions de morts par an dans le monde. A côté de ce fléau, les risques liés aux perturbateurs endocriniens restent minimes. Ces derniers sont cependant étudiés de très prêt car ils touchent à des aspects sensibles et fondamentales de la sauvegarde de notre planète : la fertilité des hommes.
Article du même sujet : www.developpementdurable.com/politique/2008/11/A417/des-promesses-du-ministere-contre-ces-produits-chimiques-qui-nuisent-a-la-fertilite.html
Pashû Dewailly
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