Économie
Thon rouge : l’Europe veut sauver ses intérêts… économiques !
Réunis pendant 10 jours, jusqu’au 27 novembre, à Paris, les 48 membres de la CICTA doivent établir les quotas dévolus à la pêche au thon rouge pour l’année 2011. Si l’Europe plaide pour le maintien de ces quotas à 13 500 tonnes mais admet concéder une baisse allant jusqu’à 11 500 tonnes, les associations écologistes, elles, exigent une suspension pure et simple de la pêche industrielle.
| « Si la CICTA n’impose pas un moratoire immédiat sur la pêche au thon rouge, elle passera aux yeux des générations futures pour l’institution corrompue et immorale qui aura exterminé le poisson le plus remarquable des océans, le thon rouge » (Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd) | Crédit photo : © LUNAMARINA - Fotolia.com |
Sur la question des quotas de pêche au thon rouge, les avis sont aussi nombreux que les parties concernées. Les associations écologistes, les pays européens (eux-mêmes divisés), la Commission européenne, les pêcheurs, les scientifiques et les industriels : tous ont un avis divergent. Pourtant, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA) va devoir trancher. Et l’affaire n’est pas simple : entre préservation de l’espèce et impératifs économiques…
Les 27 unis contre la Commission
Avant cette fameuse dizaine de huis clos, les 27 devaient trouver une position commune. Et là, les divergences étaient déjà notables. Les pays du pourtour méditerranéen, parmi lesquels la France, Malte, l’Italie ou encore l’Espagne souhaitaient que les quotas soient maintenus à 13 500 tonnes. S’agissant d’un poisson qui peut se vendre 30€/kg, et dont les Japonais importent 80 % de la production européenne, l’empressement des principaux pays concernés semble subitement limpide. Toutefois, la Commission européenne, par la voix de la commissaire à la Pêche, Maria Damanaki, souhaitait procéder à une réduction drastique des quotas et prônait une pêche limitée à 6 000 tonnes. Refus catégorique des 27 qui, pour contrer la Commission, se sont unis.
Le compromis ainsi acté fait état d’une réduction des quotas de pêche pour la saison prochaine pouvant aller jusqu’à 11 500 tonnes. Mais soucieux de ne mentionner aucun chiffre, le mandat de négociation suggère plus qu’il ne précise. En effet, les Européens demandent que soit suivi l’avis des scientifiques qui estiment que, pour atteindre un niveau durable de la ressource en 2022, avec une probabilité de 60 %, les quotas doivent être fixés à 13 500 tonnes. Reste donc 40 % de chances que cette mesure ne soit pas suffisante ! C’est la raison pour laquelle les Européens vont un peu plus loin dans leur compromis. Pour que ce pourcentage de chances de restaurer durablement la ressource soit un peu plus ambitieux et atteigne les 77 %, il faut donc que les quotas de pêche soient établis à 11 500 tonnes.
Dérives et punition
La proposition européenne enjoint également à renforcer les mesures de contrôle dont la faible fréquence occasionne de nombreuses dérives. La veille de l’ouverture de la CICTA, mardi 16 novembre, le tribunal de Bayonne a d’ailleurs puni ces dérives en infligeant des amendes entre 800 et 3 000€ à 7 pêcheurs et un armateur qui s’étaient livrés à des dépassements de quotas en donnant aux prises illégales le nom d’une autre espèce de thon. Peine encore trop rare au regard de tous les dépassements de quotas auxquels se livrent nombre de thoniers. Certains n’hésitant pas à immatriculer leur bateau dans un autre pays pour augmenter les prises et ainsi échapper à tout contrôle français.
Les associations écologistes, elles, ne s’embarrassent pas de chiffre et réclament une suspension pure et simple de la pêche industrielle du thon rouge dans l’attente de preuves tangibles quant à la reconstitution de la ressource. 96 % des Français, selon un récent sondage de l’association Pew, suivent d’ailleurs ces recommandations et souhaitent que soient fermées à la pêche les zones de frai.
Jusqu’à quand ?
Nul doute que ces dix jours d’âpres négociations en décevront certains. Les associations, effrayées à l’idée que le thon rouge, essentiel au maintien des écosystèmes océaniques, disparaisse, redoublent d’efforts, de manifestations et d’appels à la raison. Paul Watson, le célèbre loup de mer qui traque (et punit) les atteintes à la biodiversité sur les mers du globe, a même adressé un message de la dernière chance. « Si la CICTA n’impose pas un moratoire immédiat sur la pêche au thon rouge, elle passera aux yeux des générations futures pour l’institution corrompue et immorale qui aura exterminé le poisson le plus remarquable des océans, le thon rouge », a-t-il lancé. Gageons que la décision de la CICTA soit elle aussi… remarquable !
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