Économie

Publié le :
11/12/2008
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Eco-Emballages : quand le business des déchets devient sale

Eco-Emballages : quand le business des déchets devient sale
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« 60 millions d’euros restent à ce jour placés sur ce type de fonds à risques dont l’emploi est inacceptable au regard de la morale républicaine, s’agissant de fonds publics »

Eco-Emballages, éco-organisme qui gère les contributions financières des entreprises pour la gestion des emballages, a été dénoncé par son conseil d’administration pour avoir placé de l’argent de la trésorerie dans des paradis fiscaux. La nouvelle en met mal à l’aise plus d’un, alors que l’organisme assure n’avoir rien fait d’illégal.

Le 21 octobre, Nicolas Sarkozy attaque violemment les paradis fiscaux de l’Union devant le Parlement Européen. Le Luxembourg est notamment visé. Aujourd’hui, les habitants de ce petit pays doivent bien rigoler : car voilà que l’on apprend mardi qu’un organisme agréé par l’Etat français depuis 1992 pour « mission d’intérêt général », en l’occurrence Eco-Emballages, est accusé d’avoir fait des « placements non sécurisés d’une partie de la trésorerie dans des paradis fiscaux ».

C’est en tout cas ce qu’affirme son conseil d’administration. Ce dernier a prévenu le ministre de l’Ecologie qui, embarrassé, a répondu aussitôt : convocation dès le mercredi du directeur général, Bernard Hérodin, pour obtenir rapidement des explications, lancement d’un enquête approfondie, et menace : « Faute d’une action exemplaire, l’agrément dont bénéficie Eco-Emballages sera suspendu », lance Jean-Louis Borloo.

« 60 millions d’euros restent à ce jour placés sur ce type de fonds à risques dont l’emploi est inacceptable au regard de la morale républicaine, s’agissant de fonds publics », peut-on lire dans un communiqué du ministère. Eco-Emballages gère en effet les contributions des entreprises (comme la loi les y oblige) pour les redistribuer aux collectivités locales effectuant la collecte et le recyclage. Les sociétés peuvent ainsi apposer un « point vert » sur leur produit.

Argent public menacé

Ce qui est en jeu, c’est un risque important de perte financière. Car ces placements sont non sécurisés. Et « si ces pertes ne remettent pas en cause le fonctionnement de la filière, elles pourraient être importantes », essaie de se rassurer le ministère. Ce dernier exige maintenant que l’ensemble de la trésorerie soit replacée sur des fonds sûrs, au plus vite, et que « le conseil d’administration tire rapidement en terme de gouvernance de l’entreprise toutes les conséquences pour que ce risque ne se reproduise pas ».

Jean-Louis Borloo ne souhaite également pas attendre le nouvel agrément devant être délivré fin 2010 pour renforcer le « contrôle de l’Etat sur le fonctionnement de l’ensemble des éco-organismes ». Cette question du contrôle a d’ailleurs déjà été évoquée dans le cadre du Grenelle de l’environnement : une instance de régulation, d’avis et de médiation doit être mise en place, adossée au Conseil national des Déchets.

Rien à signaler d’illégal

Dans un communiqué paru hier, Eco-Emballages se défend de « toute forme d’illégalité ou de malversation ». 80 % de « son » argent serait placé sur des fonds sécurisés via des banques européennes et 20 % seraient investis dans des placements plus dynamiques, via un organisme financier basé à Zurich. Un placement de 55 millions d’euros, et non de 60 millions, serait donc toujours présent dans deux fonds aux Pays-Bas et en Irlande.

La société privée à but non lucratif aurait même essayé de retirer cet argent lors d’un conseil d’administration, le 21 avril, mais la crise financière aurait empêché l’opération. De toute façon, selon elle, les placements ont été réalisés pour faire fructifier au mieux l’argent récolté auprès des entreprises : « La situation de trésorerie d’Eco-Emballages est saine et n’engendre aucune remise en cause du respect de ses engagements vis-à-vis des parties prenantes, et notamment des collectivités locales sur les court, moyen et long termes ».

En 2007, 47 000 entreprises ont versé environ 411 millions d’euros à Eco-Emballages. 92,3 % des recettes ont été versées à 1331 collectivités locales.

Rappelons au passage que ce n’est pas la première fois qu’un éco-organisme trempe dans les affaires douteuses : en 2004, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait révélé d’importantes fraudes au sein du système de récupération des médicaments Cyclamed. Certaines pharmacies réintégraient des médicaments usagés dans le circuit à leur profit.
 

Yann Cohignac

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