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Publié le :
11/03/2009
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Le label bio des cosmétiques soumis à controverse

Le label bio des cosmétiques soumis à controverse
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« Des fabricants, peu respectueux de leur mission sanitaire, n’hésitent pas à mettre en avant l’absence d’un conservateur particulier pour masquer la présence de nombreux autres. »

Les cosmétiques bio n’en finissent plus de fleurir nos rayons. Après une vive polémique sur la possible dangerosité des parabens, l’Afssaps vient de publier les résultats de l’enquête menée conjointement avec la Répression des Fraudes sur le marché des cosmétiques bio. Certains résultats sont édifiants : alors même que les fabricants annoncent, à grand renfort de publicité, l’absence totale de parabens, la réalité n’est pas si simple...

Une enquête menée par l’association Que Choisir révélait en septembre dernier que certaines crèmes bio pouvaient contenir des traces de conservateurs (méthylparaben, phénoxyéthanol). C’est ce que confirme l’étude réalisée conjointement par l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) et la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) publiée au début du mois. Depuis, tous les médias s’en font l’écho. Les résultats sont édifiants notamment en matière d’étiquetage.

Un label légitime ?

Certains produits bio ne sont pas au-dessus de tout soupçon. L’enquête dont il est question ici avait pour but de vérifier la conformité de la composition chimique aux informations figurant sur l’étiquetage et le respect des normes en matière de protection antimicrobienne. Enquête menée sur des produits cosmétiques portant la mention « bio » revendiquant l’absence totale de conservateurs ou de certains d’entre eux (parabens, phénoxyéthanol). Ce dernier que l’on retrouvait donc dans les crèmes bio passées au crible par l’association Que Choisir. Tiens donc ! Dans ces conditions, il devient légitime de se demander pourquoi payer un produit bio plus cher s’il recèle les mêmes conservateurs que les produits traditionnels et si ses atouts pour la santé ne sont pas avérés?

Mais qu’est-ce véritablement qu’un produit bio ? Répondant à des cahiers des charges qui leur sont propres, ils excluent en général une grande partie des conservateurs autorisés par la réglementation européenne. Toutefois, comme le prouve cette étude, ils sont également soumis à des tests pour s’assurer qu’ils ne présentent aucun danger pour la santé humaine. Ce qui ne devrait pas être le cas…en théorie. En effet, sur les 28 produits cosmétiques bio étudiés, 22 revendiquent une certification « Ecocert », « Visagro », « ICEA (1) –AIAB (2) » ou encore « BDIH » (3). Six autres portaient la mention « produit naturel/bio ». Parmi tous ces produits, 12 annonçaient une composition sans conservateurs et 16 sans parabens et/ou sans phénoxyéthanol.

Des produits bio…contaminés !

Sur le plan de la qualité microbiologique, les résultats sont satisfaisants. L’exception étant le produit « H2 bio hygiène intime » qui présentait une contamination bactérienne. Le produit a donc été immédiatement rappelé et retiré des stocks. Même si le problème est traité rapidement, le mal est fait. Pour un produit servant à préserver l’intimité féminine, on est en droit de s’offusquer devant une telle hérésie. Comment des parasites peuvent-ils apparaître dans un produit a priori testé et retesté, certifié sans danger pour la santé ? Et ce n’est pas tout. Un autre produit a également fait l’objet d’une remarque concernant sa protection anti-microbienne jugée insuffisante.

Des traces de parabens

En ce qui concerne la composition chimique, six produits présentés « sans parabens et/ou phénoxyéthanol » contenaient des traces de méthylaparaben, mais dans des doses infimes, 20 à 60 fois plus faibles que les limites autorisées par la réglementation. Tout de même…le méthylparaben n’est-il pas, comme son nom l’indique, de la famille des parabens ? Chose curieuse sur le marché du bio. Mais d’autres révélations sont tout aussi ahurissantes. La présence de traces de conservateurs a été avérée dans 12 cas sans pour autant que l’on puisse conclure à l’existence d’une pratique trompeuse délibérée. Toutefois, cette tromperie sévit bel et bien sur l’étiquette de certains produits. Des fabricants, peu respectueux de leur mission sanitaire, n’hésitent pas à mettre en avant l’absence d’un conservateur particulier pour masquer la présence de nombreux autres. C’est l’arbre qui cache la forêt de conservateurs !

Tout produit bio n’est pas forcément bon à prendre. En être conscient aide à se forger son propre libre-arbitre et à ne pas se laisser berner par les sirènes biologiques ! Toutefois, le point positif de cette enquête, outre le fait qu’elle éduque et informe le consommateur, permet de constater que la faible présence de conservateurs (censés protéger les produits des aggressions microbiennes) ne se traduit pas par un risque accru de contamination bactérienne.

(1) Institut pour la certification éthique et environnementale
(2) Association Italienne Agriculture biologique
(3) fédération allemande de marques pharamceutiques et d’industries oeuvrant dans le domaine dela santé, de la diététique et des produits d’hygiène

Lumière sur des composants décriés : les parabens
Définition : Les parabens sont un groupe de produits chimiques utlisés comme conservateurs dans l’industrie cosmétique et pharmaceutique. En clair, ils agissent en tant que remparts contre les bactéries et autres champignons. Il est avéré que plus de 80 % des produits de beauté en contiennent, qu’il s’agisse de gels douche, de mousses à raser, de shampooings… On les retrouve également en tant qu’additifs dans certains aliments et comme plastifiants pour certains polymères. Dans l’industrie actuelle, ce sont des parabens de synthèse qui sont utilisés mais ils existent bel et bien dans la nature notamment dans les mûres, la vanille de Bourbon ou le vin blanc.
En 2005, l’Afssaps avait déclaré à ce sujet : « la commission de cosmétologie s’est prononcée favorablement à la poursuite de l’utilisation aux conditions prévues par la réglementation actuelle de quatre des cinq parabens les plus couramment utilisés (méthyl, éthyl, propyl et butylparabens) ».
Or, le sujet a toujours fait polémique. Des études sont toujours menées pour tenter de déméler le vrai du faux. En 2004, un professeur anglais, le Dr Dabre et son équipe ont établi un rapport entre les parabens et le cancer du sein. Ils avaient découvert du paraben dans les tissus cancéreux de plus de 20 malades. Toutefois, ces résultats sont soumis à caution car aucune comparaison n’a été établie avec des femmes en bonne santé. D’autres résultats de ce genre fleurissent périodiquement. Notamment ceux qui attestent de risques sur la fertilité masculine. Il est bien entendu qu’en l’absence de preuves irréfutables, ces études doivent être considérées avec la plus grande prudence. v

Pour en savoir plus rendez-vous sur le site de
l'Afssaps

Lire aussi :
- Cosmétiques et grossesse : un logo pour prévenir des dangers

Albane Wurtz

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laurence-aboneobio, 16 / 03 / 2009 - 12:52
“Tous les producteurs n'ont pas la même éthique. Certains se refusent à inclure des composants tolérés par les certifications ou labels mais peu recommandables. Par exemple sur les bases des tensio-actifs, comme précisé dans le reportage d'envoyé spécial, il est effectivement difficile de faire comprendre au consommateur qu'un tensio actif (ce qui lave et peut mousser en résumé) ou un émulsifiant peut être de qualité très différente et expliquer aussi les différences de prix sur un shampoing ou un gel douche par exemple. Il est clair qu'un producteur puriste qui valorise les agro ressources aura des coûts matières plus élevé qu'un producteur qui ajoutera des tensio actifs à base de Ammonium Lauryl Sulfate (toléré par Ecocert mais que certains se refusent à ajouter) ou pire Ammonium laureth Sulfate.
Le distributeur doit jouer le rôle de "sélectionneur" pour le compte du client qui n'a ni le temps ni les compétences pour décortiquer les étiquettes, faire de la pédagogie et guider le consommateur dans son cheminement, en lui donnant ces clés de compréhension..
http://www.aboneobio.com
Le premier site d'abonnement bio des produits du quotidien”
gboulanger, 13 / 03 / 2009 - 9:39
“Bonjour,

Je suis le créateur de la marque de cosmétiques Bio NAFHA et cette polémique qui met un microcosme en émoi m'atterre. Les Ayatolla du Bio s'indignent pendant que les multinationales du conventionnel se frottent les mains. On passe allègrement d'un monde peuplé de gentils d'un côté et de méchants de l'autre à la vision du "tous pourris". Il serait utile que chacun nuance ses propos. Garder à l'esprit par exemple que tout cosmétique mis sur le marché dans le respect de la législation a subit des tests de tolérance et ne présente pas de danger majeur pour la santé. Qu'il y une différence entre "traces de paraben" et "conservé au paraben" (il serait judicieux de donner des concentrations). Que derrière toute marque il y a une entreprise qui répond à un modèle économique et qui utilise le marketing pour vendre ses produits, même s'il y des nuances dans les méthodes et les moyens mis en oeuvre. Que le risque zéro n'existe pas et qu'il y toujours de choix à faire, que ce soit de la part des marques (par exemple utiliser un conservateur exceptionnellement allergène ou proposer des produits que le consommateur doit utiliser dans les 15 jours au risque qu'il - le produit - ne se transforme en bouillon de culture) ou de la part des consommateurs (risques d'allergie à une huile essentielle ou à l'acide para-aminobenzoïque, interdit le 18/12/2008 par la Directive européenne mais toléré jusqu'au 08/10/2009 !!!).
Pour terminer, j'ai envoyé à "Envoyé Spécial" ce commentaire :
"Fondateur de la marque de cosmétiques Bio NAFHA, je me permet de réagir au reportage diffusé le 5 mars lors de l’émission “Envoyé Spécial”.
La nécessité de rétablir certaines vérités concernant l’univers des cosmétiques Bio ne fait aucun doute et l’enquête a, de ce point de vue, effectué son travail.
Les journalistes ont exposé des faits incontestables, mis en relief des revendications critiquables, des affirmations suspectes, montré des situations paradoxales. Pas de contre-vérités ni d’erreurs manifestes. Si une telle enquête permet aux marques de se remettre en cause et de faire preuve de plus de transparence ; si elle incite les consommateurs à plus de vigilance et de curiosité, j’en serais le premier satisfait.
Néanmoins, cette enquête constitue un modèle d’instruction à charge.
Aucun distingo n’y est fait entre les marques de distributeurs dont l’objectif est d’être présents sur le marché et les petites marques émergentes qui y mettent toute leur énergie par conviction. Aucune différence entre les multinationales qui rachètent des marques Bio pour des raisons de stratégie marketing et les petites structures qui pensent que le talent n’est pas à vendre.
Aucun comparatif entre le Bio et le traditionnel. Il aurait été intéressant de voir les effets (secondaires ou non) de l’Acide déhydroacétique versus Triclosan, du Benzyl Alcohol versus Butylparaben ou encore de l’huile de Karanja versus Acide para-aminobenzoïque.
Rien non plus en ce qui concerne l’impact sur l’environnement, la préservation de la biodiversité, la biodégradabilité des ingrédients, le suremballage…
Pour illustrer mon propos et vous montrer l’impact que peut avoir une telle émission sur une profession, je vous propose un sujet de reportage auquel vous serez sans aucun doute sensible :
Un travail d’investigation montrant la compromission de certains journalistes avec le pouvoir politique ou économique. Mariages d’amour ou de raison, rachats de médias par des groupes industriels dirigés par des hommes politiques… L’enquête ne s’appuierait que sur des faits avérés et incontestables, certes minoritaires, mais qui laisseraient planer le doute et la circonspection sur l’ensemble de la profession.
Pour être tout à fait objectif, le sujet ne ménagerait ni la gauche ni la droite et induirait sans le dire qu’il s’agit bien là d’un fléau propre aux démocraties : la presse n’a jamais été corrompue sous Pinochet, elle n’avait aucune liberté !"

Guy Boulanger,”

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